08 septembre 2017

Yaa Gyasi - No Home

no home

 

XVIIIe siècle, au plus fort de la traite des esclaves. Effia et Esi naissent de la même mère, dans deux villages rivaux du Ghana. La sublime Effi a est mariée de force à un Anglais, le capitaine du Fort de Cape Coast. Leur chambre surplombe les cachots où sont enfermés les captifs qui deviendront esclaves une fois l’océan traversé. Effi a ignore que sa soeur Esi y est emprisonnée, avant d’être expédiée en Amérique où des champs de coton jusqu’à Harlem, ses enfants et petits- enfants seront inlassablement jugés pour la couleur de leur peau. La descendance
d’Effia, métissée et éduquée, connaît une autre forme de souffrance : perpétuer sur place le commerce triangulaire familial puis survivre dans un pays meurtri pour des générations.

Navigant brillamment entre Afrique et Amérique, Yaa Gyasi écrit le destin d’une famille à l’arbre généalogique brisé par la cruauté des hommes. Un voyage dans le temps inoubliable.
 

No Home est un très beau roman, fait de multiples tranches de vies entre l'Afrique et l'Amérique, le destin de nombreux personnages d'une même famille qui ne se connaissent pas, au cours de deux siècles. Deux siècles c'est très long, chaque chapitre est consacré à un personnage, un descendant d'Effia puis un descendant d'Esi, leurs vies sont très dissemblables et pourtant tous vivent une souffrance, celle de la cruauté des autres, et celle d'être déraciné.
La branche d'Effia est métisse, descendant d'une ghanéenne et d'un colon anglais. Destinés à perpétuer le commerce d'esclaves, il leur faudra par la suite se réappropier leur terre et le droit d'y vivre, tout en restant pour les autres des blancs. On assiste en filigrane à la question de la colonisation, de la guerre entre les Ashantis et les Fantis, du commerce des esclaves, de l'identité des métisses, du racisme anti-blanc. Les descendants d'Effia se suivent et ne se ressemblent pas, et c'est un plaisir de suivre leurs destinées à travers le Ghana du 18e, 19e et 20e siècle, du fils de colon envoyé faire des études en Angleterre, à celui qui ne souhaite que gommer son ascendance blanche et cultiver un petit lopin de terre en se faisant oublier. La branche d'Esi se disperse en Amérique, esclaves dans des champs de coton, des générations à chaque fois arrachées à la précédente, aucun n'ayant pendant longtemps aucune idée de l'histoire de ses parents, pas d'histoire, et pourtant des destins qui se suivent et se répètent. Cette fois en toile de fond c'est la guerre de sécession et la fin de l'esclavagisme, le racisme anti-noir. Les deux branches de cette famille sont meurtries par le commerce des esclaves et le racisme, en miroir.
J'ai parfois été déçue de la brièveté des chapitres, chaque génération n'ayant droit qu'à deux chapitres : un au Ghana et un en Amérique. On s'attache à des personnages, puis on se retrouve propulsé dans un autre pays au chapitre suivant, et des années plus tard lorsqu'on retrouve le pays précédent.  Les ellipses sont importantes, il nous reste à imaginer ce que sont devenus Kojo et ses enfants, l'enfance de Yaw... Et pourtant elles sont indispensables, car il serait totalement impossible de raconter l'histoire de ces 14 personnages sans ces ellipses. No Home est un livre qui se relit sous plusieurs angles, il est complexe et plein d'ingrédients différents. Il y a la question de la liberté, de l'intégration dans un pays, des violences entre les hommes, évidemment le rascisme. Mais principalement je crois que ce que j'en ai retenu c'est l'héritage des générations précédentes, l'impact que les faits et gestes des aînés ont sur leur descendance. J'ai aimé également voir les évolutions de la société, passer des champs de cotons du sud à Harlem, et réaliser que la marche la plus importante avait eu lieu à la fin du 20e siècle.
Ironiquement en anglais le livre s'appelle Homegoing, ce qui est plus optimiste. En version originale les personnages cherchent donc à rentrer chez eux, alors que dans la version française, ils sont tout simplement déracinés, même ceux qui sont restés sur leurs terres. No home est un livre dense mais qui se lit très rapidemment, n'hésitez pas !

Posté par LucileLand à 12:00 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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