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Quand j'étais enfant, ma mère ne cessait de me répéter : " Arrête avec tes mensonges. " J'inventais si bien les histoires, paraît-il, qu'elle ne savait plus démêler le vrai du faux. J'ai fini par en faire un métier, je suis devenu romancier.
Aujourd'hui, voilà que j'obéis enfin à ma mère : je dis la vérité. Pour la première fois. Dans ce livre.
Autant prévenir d'emblée : pas de règlement de comptes, pas de violence, pas de névrose familiale.
Mais un amour, quand même.
Un amour immense et tenu secret.
Qui a fini par me rattraper


 

 

J’ai lu Philippe Besson il y a des années, j’avais eu un véritable coup de foudre pour « Son frère » et « Les jours fragiles », et puis pour une raison obscure je me suis arrêtée là. Pour une raison obscure, car j’aime toujours autant l’écriture de Philippe Besson, c’est comme une redécouverte. Comme un ami dont j'ai omis de prendre nouvelle. Je ne sais pas pourquoi les deux seuls livres que j'avais lu de lui sont ceux sur la mort du frère, alors qu'il en a écrit des dizaines d'autres qui ne parlent pas de ça. J'ai acheté "Son frère" sur un coup de coeur, et je l'ai terminé dans les heures qui suivaient. Il y a écrit ce passage magnifique "J'ignorais qu'on pouvait mourir en été. Je croyais que la mort survenait toujours en hiver, qu'il lui fallait le froid, la grisaille, une sorte de désolation", c'est la première page du livre. Pourquoi je me rappelle de ça ? Parce que je sais précisément quand j'ai lu ce livre, où, et vers quelle heure. C'était en mai 2003, j'étais assise au bureau de ma chambre d'enfant, avec mes cours de médecine devant le nez, et j'ai passé l'après-midi à ne pas les réviser, mais à lire porte fermée, subjuguée par ce livre. Et quand j'ai lu ça, j'ai pensé à mes grands-parents et mon oncle, enterrés dans la grisaille de novembre. Trois mois après, j'ai enterré ma grand-mère sous la canicule, et ça m'est revenu en plein visage, je ne savais pas qu'on pouvait mourir en été. En juillet dernier encore, lorsque j'ai enterré mon père sous la canicule, cette phrase tournait en boucle. Tout ça pour dire que je ne sais pas pourquoi j'ai cessé de lire Philippe Besson, puisque les quelques écrits que j'ai lu de lui m'accompagnent depuis plus de quinze ans.

Alors que tout ses romans précédents étaient purement fictif, celui-ci se dit autobiographique. J’écris « se dit » car il dit tellement qu’il passe sa vie à inventer des histoires, qu’on se demande si certaines coïncidences ne viennent pas directement de l’imagination de l’auteur. Le style est concis, mais les mots vont droit au but, et l’émotion est au rendez-vous, c’est parfois cru et brutal, mais toujours très juste. J’aime l’écriture, le choix des mots, ainsi que la taille des livres, ils ne sont guère épais et se lisent en quelques heures. Quelques heures de suite de préférence car on n’a jamais très envie de lâcher le livre. 

"Arrête avec tes mensonges" comporte trois partie bien distinctes. Il raconte L’histoire du premier amour, et du premier chagrin d’amour. La timidité et la maladresse qu’on a à dix-sept ans, les doutes aussi. Et il le dit tellement bien qu’on s’y retrouve tous je crois, dans cette période un peu lointaine. Il raconte cette aventure brève de quelques mois, et comment elle résonnera encore de façon un peu inattendue trente ans après, ressurgira dans la vie de Philippe Besson. C'est l'histoire d'un amour passionnel et secret. L'un est amoureux du jeune homme solaire, qui fait craquer les filles du lycée, qui semble tellement inaccessible pour quelqu'un d'aussi banal que lui. L'autre, Thomas, est amoureux du jeune homme dont il sait qu'il a une destinée particulière, il n'est pas comme tout le monde, il voit ce qu'il n'est pas encore. Philippe se croit sans grand intérêt, à part pour cette petite particularité, son orientation sexuelle qu'il ne cache pas mais lui vaut des moqueries. Thomas lui, sait qu'il aime les garçons, mais ne veut pas que ça se sache. C'est donc le début de rendez-vous secrets et de nombreuses question comme : est-ce de l'amour, ou est-ce juste parce que je suis là et homosexuel que Thomas vient vers moi ? 

Ce qui suit va spoiler les deux dernières parties. J’ai beaucoup aimé la sobriété de la rencontre avec le fils Lucas, ce qu’il devine de la vie de son père et l’intérêt qu’il porte à cet homme qui, il le sent confusément, connaît mieux son père que lui ne le connaîtra jamais. J’ai un instant regretté que Philippe et Thomas ne se retrouvent pas, tout en comprenant que ça ne devait pas se produire. Et pourtant sans ses retrouvailles, la fin du livre est parfaite. Tellement parfaite qu’on se demande si cette lettre était vraiment là. Mais elle apporte une réponse claire et sans appel "Evidemment, c'était de l'amour". Ayant lu « Son frère » un certain nombre de fois, j’ai tout de suite reconnu le nom de Thomas Andrieu, la coïncidence du prénom de son fils Lucas me fait un peu douter. Mais peu importe au final, si l’histoire dans son intégralité est arrivée ainsi ou si elle a été enjôlivée. Elle est belle ainsi et on ne voudrait pas qu’elle fut différente. J’ai été touchée par l’insécurité du jeune Philippe, par ses doutes, par l’émotion de l’adulte ensuite, et par le peu de mots du jeune Thomas, par sa mélancolie aussi, et par la souffrance de l’adulte. Philippe a su sortir de sa chrysalide, il est devenu celui qui Thomas pressentait. Thomas au contraire n'a jamais pu sortir de sa coquille, jamais su trouver le passage qui le sortirait de lui-même. C'est tragique, et c'est un magnifique geste d'écrire cette histoire, comme si Philippe avait à postériori enfin libéré Thomas.

Le début de ce livre m’a rappelé un livre jeunesse que j’affectionne beaucoup et qui s’appelle « Tous les garçons et les filles » de Jérôme Lambert. Il parle de la découverte de son homosexualité chez un jeune adolescent et la naissance de sentiments amoureux pour son meilleur ami. Quelque part « Arrête avec tes mensonges » pourrait en être la suite. C'est un livre qui bouleverse, et qu'on a envie d'offrir à tous ses proches. J’enchaine sur le deuxième livre autobiographique de Philippe Besson.