r_435

Jalna est un cercle magique où l'étranger n'entre qu'à ses risques et périls. Dès le premier regard, Renny et Alayne, l'épouse américaine de son frère Eden, ont compris qu'ils allaient passionnément s'aimer, en dépît de leurs scrupules. Si Eden en souffre, il sait aussi qu'il n'a aimé en Alayne que l'admiratrice de ses poèmes.

Adeline, pieusement veillée par Finch, le musicien de la famille, arrive au terme de son long règne sur Jalna. Mieux vaut pour elle ignorer les ravages que le désir et la passion ont exercé sur ses petits-enfants. Elle s'éteint calmement, laissant, comme dernier défi, le plus surprenant des testaments.


 

Voilà un titre bien mal trouvé pour ce livre, un titre tiré d'un paragraphe de cet opus, mais qui pourrait convenir à n'importe lequel des 16 tomes.

" Quelle animation, quelle exubérance, quelle vie !... Peut-être étaient-ils dans le vrai ! Peut-être possédaient-ils un secret perdu pour les autres ! Ils ne se ménageaient guère, ils vivaient largement. Commme des arbres frémissants, ils enfonçaient leurs racines, étiraient leurs membres, luttaient entre eux, se battaient contre les éléments. Ils ne trouvaient rien d'étrange ni d'extraordinaire entre eux : ils étaient les Whiteoaks de Jalna, et l'on n'en pouvait rien dire de plus."

Ce que le titre n'indique pas, c'est qu'il s'agit d'un tome presque entièrement consacré à Finch, c'est Finch qui apprend la vie, et c'est l'acceptation de ce membre un peu original par le reste de la famille en tant que membre à part entière. Au début il est malheureux, maltraité, rejeté à la moindre occasion par sa famille, et à la fin on le trouve plus serein, lorsque Piers l'invite tout naturellement à se joindre à une partie de chasse-camping entre hommes avec Renny, Maurice et deux inconnus. Alors j'avais bien peu de souvenirs de la première moitié de cet opus, car Finch m'ennuyait un peu à l'époque. J'ai donc bien aimé redécouvrir des scènes un peu inédites de cette ère Jalna qui est ma préférée. L'ère des frères Whiteoak, lorsque Renny, Eden, Piers, Finch et Wake sont les héros de l'histoire, avant que l'on en perde en route et que la génération  suivante ne prenne le relais. J'adore aussi la génération suivante, mais c'est différent. Ado, lors de mes longues insomnies, lorsque c'était dans le monde parallèle de Jalna que je me projettais, c'était toujours à ce moment-là, j'étais une soeur, entre Eden et Piers, ou entre Piers et Finch selon les moments.

Alors ce roman est un peu inégal, le début est très lent. Finch se fait un nouvel ami riche et plus âgé Arthur Leigh et nous suivons les aventures de Finch et Arthur au thêatre. Puis Finch retrouve son vieil ami Georges Fennel, et nous avons les aventures de Finch et Georges jouent dans un orchestre, Finch et Georges ivres dans les rues. Puis Finch à New York. Je ne comprends pas pourquoi c'est le volume suivant qui s'appelle tout simplement "Finch Whiteoak" ! La deuxième partie du roman est plus globale, puisqu'elle ramène déjà tout le monde à la maison, Eden le traître et Alayne la femme bafouée. J'ai trouvé agréable à lire cette histoire entre Eden, Alayne et Renny, tout le monde sait qu'Alayne et Eden ne sont plus mariés que légalement et qu'il n'y a plus d'amour entre eux, et la passion non consommée de Renny et Alayne est un secret de leur donne sa bénédiction. Eden est bien plus aimable que dans le tome précédent, j'ai retrouvé le personnage qui ma plaît tant. En lisant ces passages, je me suis demandée comment Alayne pourrait avoir plus tard autant de ressentiment contre Eden, alors que je vois là les prémices d'une nouvelle amitié entre eux. C'est dommage la façon dont l'auteur choisira de traiter les relations d'Eden et Alayne par la suite. Traîne dans le coin la jeune et jolie Minny Ware, bonne d'enfant chez Meg. Ouiiii, Meg a enfin quitté Jalna pour vivre avec Maurice et ils ont eu une petite Patience, voilà enfin la grande maison débarrassée de cette langue de vipère que toute la famille considère comme angélique. Minny donc, est plus rafraichissante, Meg souhaite la coller entre les pattes de Renny, mais c'est évidemment tout autre chose qui va se passer. En relisant ce livre, j'ai compris en quoi Roma était un parfait mélange du caractère de son père et de sa mère... Mazo de la Roche oubliait souvent de faire des petites fiches sur ses personnages, mais elle maniait la psychologie et l'hérédité des caractères de façon assez unique. Si vous ne savez pas qui est Roma, vous le saurez dans 3 tomes, ou en consultant l'arbre généalogique. La grosse intrigue du roman arrive assez tardivement, il s'agit évidemment de la mort de Gran et de son héritage. Je crois qu'il s'agit des meilleures scènes du livre, la dispute à propos du testament d'Adeline contient tout ce qui fait des Whiteoak une famille inoubliable. Ils se déchaînent, font une scène mémorable, les caractères sont exacerbés avec leurs plus gros défauts, et pourtant ce que j'en retiens c'est au milieu de tout cet égoïsme, l'attachement inébranlable de Renny et de ses jeunes frères. Ce sont deux petits moments au milieu de la tempête, très sobres. Il y a Piers, la sanguin qui s'emporte après Meg car Meg est encore en train de critiquer Pheasant (pourtant maintenant la demi-soeur de sa fille...), et qui s'arrête en plein élan juste parce que Renny le lui demande "Si tu m'aimes un peu, tais-toi" et Piers se mord la lèvre en regardant ses pieds mais s'arrête immédiatement. Et puis quelques pages plus loin, Finch qui fait une crise de nerfs, poussé par tout le reste de la famille, qui ne retrouve ses esprits que lorsque Renny le tire hors du groupe familial et le jeune Finch transforme ses hurlements en sanglots dans les bras de Renny. Tout est dans ces deux chapitres, l'égoïsme des Whiteoak, leur dureté les uns envers les autres, mais aussi ces moments en très peu de mots  où ils savent être un soutien pour l'un d'entre eux. J'ai rit et j'ai sourit beaucoup sur ces pages. Et pourtant Finch en bave, on déteste tous les autres de l'injustice de leurs propos. Ils le poussent à l'irréparable, mais là encore l'un des frères est là pour empêcher cela, c'est Eden. Une relation un peu inattendue se forme entre les deux artistes de la famille, ces frères que sept ans séparent, ils se comprennent, Eden commence à entrevoir l'adulte que Finch devient et il se dit qu'il pourrait être un bon compagnon. Mais encore une fois, Eden disparaît. Eden ne fera guère plus que ça, disparaître et réapparaître à des moments inattendus, il ne veut pas être un Whiteoak de Jalna, il veut être un Whiteoak qui court le monde, mais il finira toujours par y revenir. Renny est finalement peu creusé dans ces derniers tomes, mais on assiste tout de même à ce qui se passe dans sa tête de chef de famille qui ne peut supporter la proximité de la mort, et se trouve toujours face à un amour impossible. Alors attention spoiler sur la toute fin du livre, je n'arrive pas à dire ce que je pense exactement de la façon dont Renny et Alayne finissent par se retrouver.  Déjà, est-ce qu'ils ont finalement fait l'amour juste après la demande en mariage acceptée ? Et alors, faut-il trouver ça symbolique que le maître de Jalna mette fin à 2 ans de passion cachée et inassouvie dans le légendaire lit en bois peint qu'il a hérité de Gran ? Ou alors, est-ce plutôt tout à fait gênant de faire ça dans le lit de sa grand-mère décédée depuis un mois, alors que rappelons-le toute la famille est réunie dans le hall, soit derrière la porte ? Je ne sais pas, mais je penche pour la deuxième solution quand même. Sinon, ce n'est guère important mais Piers et Pheasant ont eu un enfant, le petit Mooey (diminutif pour Maurice II), qui est donc à la fois le cousin et l'oncle de la petite Patience.

Ensuite, les petits points concernant l'ensemble de la saga. On apprend que le village à côté Jalna (où Wakefield va acheter des gâteaux et des sodas à Mrs Brawn) a été construit sur d'anciennes terres de Jalna et qu'il se nomme Evendale, nom répété à plusieurs reprises et qu'on n'entendra plus jamais il me semble. On évoque les causes de la mort de Mary Wakefield, rappelons que dans cette saga on ne sait jamais tellement de quoi sont morts les personnages qui nous quittent entre deux tomes. On a fini par apprendre au détour d'un paragraphe que Philippe I était mort suite à un coup de sabot d'un cheval, pour Philippe II je crois qu'on ne le saura jamais, quant à Margaret, la mère de Meg et Renny, c'est à peine si on n'oublie pas qu'elle a existé. Ah si on apprend dans ce volume que Meg s'appelle Margaret d'ailleurs. Donc Mary qui est décédée après la naissance de Wake, j'avais toujours imaginée qu'elle était décédée d'une complication de son accouchement, or il semblerait que non. Ernest et Renny semblent penser qu'elle est décédée de consomption ou de langueur. Alors, moi je suis sage-femme des années 2000 et ces deux termes ne me parlent pas, j'ai donc été chercher un peu. Donc il semblerait que Mary soit morte de tuberculose trois semaines après son accouchement, ça m'étonne du coup un peu que le bébé Wakefield ait survécu exposé à la tuberculose in-utero et en néonatal, ça expliquerait certes sa nature fragile, enfin plus vraisemblablement il devrait ne pas avoir survécu. Je met de côté la théorie de la mort par langueur, qui veut dire que Mary est morte de chagrin après la mort de son mari. On ne meurt pas de chagrin à 45 ans quand on a 4 enfants à élever ! Ah oui, sinon, un moment Renny dit tranquillement que Wake vient de faire une crise cardiaque mais qu'il l'a frictionné et qu'il va mieux, j'adore la médecine de ces années là, le moindre problème de santé a l'air d'être réglé par les Whiteoak avec faisant boire de l'alcool au malade ou en le frictionnant avec (ils font ça avec Eden et Finch aussi). On apprend tout de même qu'ils ont un bon vieux médecin de famille Dr Drummond, qui a mis au monde tous les enfants depuis Meg, dont on n'a jamais entendu parler. Du coup je me demande ce qu'est devenu le Dr Ramsey et quand il est mort, manifestement ce n'est pas lui qui a accouché ses petits-enfants (mais on sait qu'il était encore bien vivant à ce moment, en même temps accoucher sa fille ça peut être bizarre). Bref, il y aurait eu deux médecins de campagne en même temps pendant une bonne dizaine d'années, ils ne devaient pas avoir tant de travail si au lieu de les appeler on soignait tout à l'alcool. Autre petit point médical, on apprend que Finch est né coiffé. Alors quand j'ai lu ça à 10 ans, je n'ai rien compris et internet n'existait pas. Il était né, genre avec la raie au milieu? Avec la coiffe de bécassine sur la tête ? Rien de tout ça ne semblait probable alors c'est resté un mystère. Je m'en suis rappelée plus tard et j'ai appris que c'était naître dans sa poche des eaux intacte, et effectivement c'est rare. Il m'est déjà arrivé depuis d'avoir fait naître un enfant coiffé, de penser à Finch en le faisant, et de dire à la mère que ça portait chance juste parce qu'un Whiteoak l'avait dit ;-) Et concernant le voisinnage, il me semble qu'on nous dit que le vieux Guy Lacey qui avait 82 ans dans le tome précédent, donc l'année dernière, est mort depuis à l'âge de 90 ans, ne cherchons pas...