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A Jalna, on prépare le centenaire d'Adeline comme une véritable fête nationale. En attendant, c'est l'effervescence. le courageux et sensible Piers, le plus rustique des cinq frères, a déclaré son amour à Pheasant, toujours proscrite chez les Whiteoak à cause du ressentiment de Meg, qui ne parvient pas à pardonner à Maurice. Au bout de vingt ans, ce malentendu cessera-t-il enfin ?

En revanche, tout semble sourire à Eden. De New York, où il a réussi à se faire publier avec succès, il revient avec des rêves de gloire et une promesse de bonheur en la personne d'Alayne Archer, sa jeune éditrice. La jeune femme découvre le charme de la vie à Jalna mais aussi l'attrait sauvage de Renny, le maître des lieux.

L'anniversaire d'Adeline promet d'être mouvementé.


 

Nous y voilà, c'est le tome originel, celui par lequel tout a commencé. Et en effet, il se passe pas mal de choses dans cet opus. Mais je commencerais par reprendre le résumé. J'aime beaucoup Piers, mais je n'aurais jamais songé à le qualifier de "sensible" ...  Ensuite je ne suis pas certaine que Meg nous pardonne de parler de "malentendu" à propos de l'enfant illégitime que son fiancé a eue juste avant leur mariage. Quant à Alayne, ce n'est pas le charme de la vie à Jalna qu'elle découvre, de son point de vue c'est plutôt l'ennui. Enfin, broutilles.

Jalna nous raconte donc les histoires d'amour des frères et soeur Whiteoak, et cela va bon train. Les couples se font, se défont et parfois se reforment, à nous en faire un peu perdre notre latin. Les caractères des plus jeunes Whiteoak s'affinent, et l'auteur nous offre encore quelques délectables disputes de famille. Eden revient victorieux de New York, il a enfin publié ses poèmes et ramène une femme, une intellectuelle qui porte un nouveau regard critique sur le microsome qu'est Jalna. En cela elle rappelle un peu Mary Wakefield à son arrivée. J'ai essayé d'aimer Alayne, mais je n'y ai qu'à moitié réussi. Je comprends son sentiment d'être une étrangère dans cette maison haute en couleur, elle qui vient d'une petite famille de trois où tout était calme et bien rangé. j'aime qu'elle essaie de se nouer d'amitié avec Pheasant et les oncles. Mais son côté hautain m'agace toujours, et puis il faut avouer que même si elle sauve probablement un peu Finch, elle met le bazar dans la famille ! Eden s'affirme ici de plus en plus égoïste, délaissant sa femme et la promesse d'un travail stable et d'une maison à eux, au profit de sa petite personne, n'ayant que faire des retombées de ses actes autour de lui. Et malgré tout cela, j'aime toujours ce personnage un peu nébuleux, rêveur et volontaire, qui vit dans son propre monde régit uniquement par ses envies. Eden n'a jamais été fait pour vivre en collectivité, et surtout pas au sein de cette famille un peu étouffante et moralisatrice, il part à la fin et c'est ce qu'il avait de mieux à faire, cette province de l'Ontario est trop petite pour lui. Piers est presque tout le contraire d'Eden, à l'exception qu'ils sont probablement aussi tétus l'un que l'autre et ont cette même propension à tourmenter leurs plus jeunes frères pour passer le temps. Piers est un personnage que j'avais beaucoup aimé à mes premières lectures et que je m'attendais à trouver moins intéressant maintenant, or ce n'est pas du tout le cas. J'aime son personnage entier, il est fait d'un seul bloc, solide et fidèle. Piers ne comprend rien à l'art, ni à la littérature ni à la musique, c'est un garçon de la campagne qui aime s'occuper de ses chevaux, de ses pommes et retrouver sa jeune femme. Il a choisi Pheasant contre l'avis de sa famille et n'admet pas qu'on la traite mal, elle est la femme de sa vie et la fille de Maurice Vaughan, elle mérite d'être considérée en tant que telle. Et la famille se range à la volonté de Piers. Il n'est peut-être pas un personnage très nuancé, mais on doit lui reconnaître sans trop spoiler qu'il sera probablement le seul Whiteoak (mis à part Philippe, le premier du nom) à être fidèle toute sa vie à la même femme. Même si on ne peut pas vraiment compter le deuxième mariage de Philippe II, il était veuf le pauvre. Et que Wake ait aussi une histoire amoureuse compliquée dont il n'est pas pas du tout responsable, enfin nous en reparlerons dans 5 tomes. Piers est constant, on ne peut pas lui enlever ça. Finch maintenant, est presque un homme qui se débat dans un corps d'adolescent maladroit. Beaucoup de lecteurs aiment Finch, moi il me met mal à l'aise, j'avoue préférer du loin l'adulte qu'il deviendra. Finch n'est pas sûr de lui et chez un Whiteoak c'est prêter le flanc aux railleries. Celles de Piers d'abord qui le prend pour un idiot, celles d'Eden qui se moque de ses maladresses et hésitations, et même celles du jeune Wake donneur de leçons. Renny ne le comprend pas mais garde un regard bienveillant sur ce jeune frère un peu original qu'il faut aider à sortir de son cocon, même s'il s'y prend plutôt mal. Finch est médiocre en cours, carrément mauvais en algèbre et se sent persécuté par tous les habitants de Jalna. Et pourtant on décèle chez chacun des Whiteoak un regard affectueux sur Finch, parfois très furtif, même chez Piers. C'est probablement l'arrivée d'Alayne dans la famille qui va aider Finch, elle va convaincre Renny d'engager un vrai professeur de piano pour donner des leçons à Finch qui se révèle très prometteur dans ce domaine. Les passages sur Finch ne sont pas mes préférés, ce garçon me met mal à l'aise tellement il l'est lui-même, mais je comprends qu'on puisse aimer ce personnage, il est touchant. Et puis vient Wakefield, ce petit dernier à la santé fragile qui dort chaque soir dans le lit de Renny. Wake est tout bonnement insupportable, un vrai petit Whiteoak déjà imbus de lui-même à neuf ans. il faudra attendre son passage à l'âge adulte pour qu'il s'assagisse. Et pourtant j'ai toujours été attachée à ce petit bonhomme, j'aime les côtés qu'il fait ressortir chez Renny. L'aîné des Whiteoak a une affection toute particulière pour ce plus petit frère qu'il a élevé, ce qui le rend parfois tout à fait injuste envers Finch. Oui Finch est parfois très durement traité par Renny. Dans ce tome le chef de famille se voit tiraillé entre ses sentiments pour une femme et son amour pour ses frères, et si lui ne peut imaginer trahir un de ses frères, Eden lui, ne se pose pas toutes ces questions. De leur côté, les oncles et Gran  observent tout ce petit monde sans oublier de donner leur avis, ils sont plus spectateurs qu'acteurs. La tante Augusta fait son retour sur la fin du livre, désormais veuve, c'est une femme un peu guindée, habillée à l'ancienne, mais finalement bien plus moderne que ses frères dans le regard qu'elle porte sur la jeune génération.

Il s'agit d'un tome fondateur, la dynamique des Whiteoak sera ensuite toute différente de ce qu'elle était avant "Jalna", c'est là que naissent des rivalités qui seront parfois insurmontables, que d'autres disparaissent. C'est probablement finalement par celui-là qu'il faut commencer, et ensuite décider soit de les lire dans l'ordre où ils ont été écrits, soit de façon linéaire du 7 au 16 puis lire les 6 "prequels".

Concernant la continuité, j'ai encore relevé des incohérences concernant la famille Lacey. Nous sommes en 1925 et les demoiselles Lacey ont 63 et 65 ans, leur père l'amiral Guy Lacey a 82 ans. Après un petit calcul, je reviens donc à l'époque de "Matins à Jalna" où Augusta était amoureuse de Guy. Il avait donc déjà 21 ans et 2 filles, ça ne colle pas Mme de le Roche ! Je suis également un peu perdue dans la configuration de la maison, j'avais toujours imaginé qu'il y a avait 4 chambres au 1er étage et 2 ou 3 au 2ème étage, mais la maison semble extensible. On sait que Gran dort au rez de chaussée, que Nicolas, Ernest, Meg et Renny ont leurs chambres au 1er et qu'au dernier étage Piers et Finch partagent une chambre et qu'Eden dort à côté. J'imaginais que Wake devait avoir une chambre au 2e également même s'il dort toujours avec Renny. Pour le reste j'imaginais plus ou moins que Renny avait récupéré la chambre qui était celle de son père, que Meg avait l'ancienne chambre d'Augusta, qu'Alayne récupèrerait par la suite. En fait ça semble plus grand car dans ce tome, Nick, Ernest, Meg et Renny ont bien chacun leur chambre au 1er et Eden et Alayne en récupèrent une également ainsi que Piers et Pheasant, et où dort Augusta ? Pas au grenier avec les enfants j'imagine... Ca dérange un peu mon esprit cartésien j'avoue. 6 ou 7 chambres au 1er et on fait dormir Piers et Finch ensemble au grenier au début du livre?