Lucile in the sky

17 octobre 2017

Thomas Snégaroff - Kennedy, une vie en clair-obscur

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La vie de John Fitzgerald Kennedy n'a été qu'ombres et lumières ; des lumières d'un incroyable éclat et des ombres d'une noirceur inquiétante, comme autant de signes d'une destinée tragique. Véritable caméléon, JFK aura toute sa vie admirablement joué le rôle que d'autres lui ont attribué, et en premier lieu son père. Un père à l'ambition dévorante qui, tel un démiurge, façonne les garçons du clan en hommes de pouvoir. Mais JFK n'est pas qu'une simple marionnette, il est doté d'une grande intelligence et d'un charisme hors du commun, rien ni personne ne lui résiste, surtout pas les femmes. Il transforme le médiocre en excellence, un corps malade en un corps triomphant. Grâce à de nouveaux éléments peu connus du public français et refusant tout autant l'idolâtrie que le sensationnalisme, Thomas Snégaroff dresse le portrait sensible d'un homme dont le destin continue, un demi-siècle après sa mort, de nous fasciner.


 

La dynastie Kennedy, ses secrets, son incarnation du rêve américain, ses magouilles, son clan, tout ça me fascine un peu. C'est comme lire un scénario improbable de série TV qu'on trouverait vraiment bien foutu, sauf que c'est arrivé. L'arrière-petit-fils d'imigrés irlandais, débarqués en Amérique sans un sou, qui devient président des Etats-Unis, ce n'est pas beau ? Joe et Rose Kennedy qui élèvent 9 enfants et promettent chacun de leurs fils à un avenir politique. Joe jr, le premier, celui qui doit devenir président, qui meurt à la guerre et John le cadet qui doit reprendre le flambeau au pied levé. Bobby, le troisième, propulsé bras droit de son aîné en campagne puis à la maison blanche. Bobby qui essaiera de poursuivre ce qu'il avait fait avec son frère, après l'assassinat de JFK et sera à son tour assassiné lors des primaires de Californie. Et enfin Ted, le petit dernier, qui renoncera à se lancer à son tour dans la course à la présidence après avoir reçu des menaces et vu ses 3 aînés mourir. Il y a les filles Kennedy aussi, celles qui vont aider à mettre John sur le trône en organisant des Tea Party dans tous les Etats-Unis. Et puis celle qu'on cachera car elle est retardée mentale et fait tâche dans le tableau. Celle qui sera reniée car mariée avec un homme divorcé et qui sera la première des enfants Kennedy à mourir. Sans oublier Jackie, sa vie de first lady, mariée à mari volage, ses grossesses tragiques aboutissant certes à deux beau petits enfants, mais aussi à un bébé mort-né et un qui  ne survivra guère 48h. Jackie et son tailleur rose tâché de sang à Dallas. Alors oui, on pourrait tenir plusieurs saisons de série avec le clan Kennedy, mais au fait JFK lui-même, qui était-il ? C'est à cette question que tente de répondre ce livre.

"Kennedy une vie en clair-obscur" commence avant la naissance de John, que l'on appelera d'ailleurs Jack tout au long du récit, et se termine le jour de ses funérailles. Il est en effet question de Jack, l'homme privé et non John la figure publique. Le récit est à peu près linéaire mais discontinu. Chaque chapitre va s'attacher à un évènement important dans la vie de Jack Kennedy, il va commencer par relater cet événement puis nous raconter tout ce qui y a mené et tout ce qui en découle. On revient parfois une ou deux années en arrière au cours d'un même chapitre, et on saute souvent de nombreuses années entre deux. il ne s'agit pas de raconter la vie entière de Jack, mais d'essayer de nous faire comprendre quel impact sa vie à eu sur lui. On nous présente au début ce frère toujours en compétition avec Joe Jr, ses nombreux séjours à l'hôpital car Jack était atteint de maladies chroniques, sa volonté de toujours être aussi bon que son aîné, la carrière politique à laquelle leur père destinait Joe Jr. A cette époque Jack est le second, alors comme un frère cadet de prince héritier il se rebelle et tente de n'en faire qu'à sa tête, parce qu'il n'a pas la pression de l'aîné et pour se faire remarquer. Le livre nous raconte que Kennedy était un homme à femmes mais ne se préoccupait guère de les satisfaire au lit. Voilà qui était Jack Kennedy, un homme tentant de dompter la faiblesse de son corps malade, un homme qui ne pensait qu'à lui-même, un homme ambitieux. Alors quand Joe Jr meurt à la guerre alors que Jack a été déclaré héros, les portes s'ouvrent grandes devant lui. Par la suite il est question de Jackie un peu, des primaires, de l'élection présidentielle, de Kroutchev, de la crise des missiles de Cuba, de la bataille pour les droits des noirs, à peine du père qu'il fut, beaucoup de l'aura qu'il avait, des femmes qu'il a séduites, de Dallas.

C'est un livre qui parle presque exclusivement de Jack Kennedy, un peu de Joe Sr. Autour gravitent des gens sur lesquels on s'attarde peu, même s'ils ont eu une place importante dans l'histoire de JFK, Bobby, Jackie, Caroline et John-John, tous ne font que passer. C'est d'autres ouvrages qu'il faudra lire si on veut s'y intéresser de plus près. On suit Jack à travers les péripéties de sa vie, le récit prend parti mais me semble relativement objectif, l'auteur s'appuie souvent sur des citations d'amis ou  de gens qui ont cotoyé JFK. L'ensemble est facile à lire, chaque chapitre clôt un moment particulier de la vie du président américain, ce qui en fait une suite de petites histoires relativement courtes et non un gros pavé racontant tout la vie de JFK. On visualise la dualité de ce personnage qui se devait d'incarner le rêve américain, tout en domptant des douleurs importantes et l'idée que son corps allait le lâcher jeune. Ironiquement, cette image d'homme jeune, en bonne santé, toujours bronzé, c'était sa maladie qui la lui donnait. La maladie d'Addison, une insuffisance surrénalienne donnant une hyper-pigmentation de la peau...

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11 octobre 2017

Mazo De La Roche - L'héritage des Whiteoak

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De grandes difficultés attendent Renny et Maurice, de retour à Jalna après avoir héroïquement combattu en Europe durant la grand guerre. Maurice tente vainement de reconquérir Meg, qui supporte mal son humiliation. Déchiré entre le remord et l'amour qu'il lui porte encore, il sombre dans l'alcool. Renny doit reprendre en main le domaine plus ou moins laissé à l'abandon par ses frères pendant son absence. Pour se renflouer, il songe à gagner un grand Prix grâce au meilleur pur-sang de son écurie. C'est ainsi qu'il fait la connaissance et s'éprend de Chris Dayborn, belle cavalière anglaise croisée un jour chez Mrs Stroud, une aventurière amie des arts auprès de qui son frère Eden fait ses premières armes d'écrivain et de poète.


 

Nous voilà arrivé au point de la saga où les titres n'ont plus grande importance et sont tout à fait interchangeables, n'ayant pas grand rapport avec le sujet de chaque volume. Il faut un titre ? Mettons Whiteoak ou Jalna et affublons-le d'un autre mot qui fait romanesque. C'est aussi le volume dans lequel la famille met en place une dynamique qui la suivra un bon moment. Philippe et Mary sont morts, Renny prend les rênes de la famille et de l'éducation de ses jeunes frères, Meg est leur figure maternelle, la vieille Adeline régente tout ça de haut et les oncles (qui vivent désormais à Jalna) les regardent vivre de leur fauteuil au coin du feu. Jalna c'est l'histoire de ces six frères et soeur qui grandissent ensemble, qui vont apprendre à vivre, à aimer, se marier, avoir des enfants, tout le reste n'est guère que Prequel.

Dans ce tome, Renny tombe amoureux et vivra une idylle secrète et impossible, qui bien que courte n'en est pas moins importante dans l'histoire générale. Il est intéressant pour ceux qui connaissent la saga dans son ensemble de savoir que juste après ce livre (le 5e dans la chronologie), l'auteur a enchaîné sur l'écriture du 12e "Le destin de Wakefield", dans lequel Wakefield a, à son tour, des amours contrariées. Donc Renny est amoureux de Chris, mais il a aussi pas mal d'autres nouvelles choses à gérer. Le domaine dont il a hérité de son père, les avis et reproches de sa famille, et l'éducation de ses frères. Notament Eden qui lui donne du fil à retordre. Eden est passé d'un tome à l'autre du petit garçon idolâtrant son frère, à un jeune homme de dix-huit ans qui aspire à autre chose de la vie que ses études de droit. Eden écrit des poèmes, et ça ne plait pas tellement à son aîné, il sèche les cours pour aller discuter littérature avec une femme veuve bien plus âgée (35-40 ans selon mes estimations), une intriguante selon les Whiteoak, qui mettront un place des stratagèmes pour les éloigner. Piers et Finch ont quinze et onze ans et ne posent pas tellement de problèmes. Wakefield, le petit dernier orphelin de naissance et trop gâté, a quatre ans et développe une peur panique envers ce nouveau grand frère, ce qui vexe grandement Renny. Meg est insignifiante. Et puis il y a Pheasant, l'enfant illégitime de Maurice, qui grandit seule avec une gouvernante à Vaughanland depuis le décès de ses grands-parents et rêve d'attirer l'attention de son père. Maurice est une loque incapable de faire quoi que ce soit à part noyer son chagrin d'amour vieux de douze ans. Alors Pheasant court les champs, joue avec Finch et se raccroche à l'affection de Renny. Renny, cette bonne vieille tête rouge n'aime rien tant que d'avoir des enfants autour de lui, et prend sous son aile la petite fille de son ami.

L'intêret de ce tome est dans les interactions entre les membres de la famille (qui ne sont pas si nombreuses cette fois) et l'intrigue autour de Chris et du Grand National. On apprend également à connaître Eden, qui est un personnage que j'affectionne particulièrement. Il est le premier Whiteoak à réellement vouloir se lancer dans une carrière artistique (Ernest  et son interminable livre sur Shakespeare ne compte pas), il a un tempérament obstiné, il est bon en sports mais ne s'y intéresse pas le moins du monde. Eden est un subtil mélange entre le caractère bien trempé des Whiteoak et la sensibilité de sa mère Mary. L'intrigue avec Mrs Stroud en revanche m'ennuyait fermement quand j'étais enfant et c'est toujours le cas. Cette femme ne m'intéresse tout simplement pas et n'amène que des problèmes. Certes ça sert l'intrigue du livre, mais c'est long...

Et enfin le petit point continuité. Comme d'habitude on entend Adeline parler de sa famille irlandaise, cette fois sa mère n'aurait pas eu 11 enfants mais 16. Je crois qu'il faut plutôt rester sur la version 11 qui est plus fréquente, on va dire que la vieille commence à yoyoter. Toujours est-il qu'elle mentionne ses frères Thadée et Abraham, ce qui ajouté à Judith, Conway, Sholto, Timothy et Esmond nous amène à 8 enfants Court, ça ne colle plus avec la version disant que 4 sont morts en bas-âge. Mazo De La Roche aurait vraiment pu prendre des notes... Concernant le voisinnage, on retrouve Lily Pink, la jeune fille de "Mary Wakefield" amoureuse de Philippe II qui avait joué du piano à lui et Mary, lors de leur première valse ensemble dans la lumière tamisée du salon. Actuellement elle est vieille fille célibataire et donne des cours de piano au troisième fils de Philippe et Mary, Finch. On regrette un peu de ne pas savoir de quoi est mort Philippe d'ailleurs. On sait juste qu'il est décédé pendant que Mary était enceinte de leur quatrième fils et qu'elle est décédée en couches quelques semaines après la naissance de Wake.

Aparté, j'avais découvert cette saga en regardant la série de l'été adaptée grosso-modo des tomes 4 à 8 lorsque j'étais enfant, et je n'ai jamais vraiment réussi à me défaire des images des acteurs. La vieille Adeline, Nicolas et Ernest ont tout à fait la tête de ceux qui les campaient dans mon imagination. Le problème c'est que les autres ont en majorité été assez mal choisis par rapport à leurs descriptions dans les livres ! Philippe et Mary n'étant présents que dans le premier épisode, j'ai pu totalement effacer leurs images pour les remplacer par deux beaux jeunes gens blonds. Meg était tout à fait adaptée, Renny sera toujours Serge Dupire en plus roux, et Eden sera toujours Benoît Magimel en plus blond. En revanche j'ai été trop amoureuse de Sagamore Stévenin pour remplacer son image de beau brun par le blond que Piers est censé être. L'acteur qui jouait Finch avait cette silhouette qui convenait plutôt bien au personnage, un peu dégingandé et pas très à l'aise dans ses bottes, enfin il était carrément brun aussi alors qu'il est toujours décrit très blond comme Piers. Sans parler de Wakefield, avec ses boucles brunes qui devient un petit rouquin et s'appelle Benjamin. C'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup !

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03 octobre 2017

Mazo De La Roche - Jeunesse de Renny

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Avec ses colères terribles, ses ruses, son autorité et sa profonde bonté, Adeline whiteoak règne en souveraine sur Jalna, l'immense domaine forestier qu'elle a jadis fondé sur les bords de l'Ontario, dans le grand nord canadien.

A l'approche de ses 80 ans, Adeline, entourée de ses 4 petits-enfants, s'apprête à célébrer le mariage de leur soeur Meg avec son voisin et ami d'enfance Maurice Vaughan. Mais Maurice ne peut cacher longtemps son secret et sa honte : l'enfant qu'il vient de faire à Elvira, la jolie sauvageonne du village. il se confie à Renny, son ami, l'héritier naturel de Jalna.


 

Voilà le tome par lequel j'ai commencé la saga à l'âge de 10 ans, et c'est là quele personnage de Renny commence à prendre de l'ampleur. ce personnage autour duquel le reste de la saga va tourner. Renny a vingt ans, il vient de se faire virer de l'université et il apprend la vie. Sa soeur Meg prépare son mariage avec Maurice leur ami d'enfance, leur père Philippe est marié à Mary, leur ancienne gouvernante, et ils ont eu ensemble deux fils, Eden et Piers. La vieille Adeline essaie toujours de tout régenter et Augusta, Nicolas et Ernest, les oncles et tante, sont là pour le mariage prévu.

Mary est très effacée dans ce volume, alors que le précédent lui était consacré, c'est probablement parce que l'auteur ne s'est intéressée à ce personnage que plus tard, ayant écrit "Mary Wakefield" 14 ans "Jeunesse de Renny". Philippe est également moins affirmé puisque les différents intrigues ne le concernent pas aussi directement que dans le tome précédent, mais j'aime toujours son personnage, ce côté indifférent à toute critique. Philippe mène tranquillement son petit bonhomme de chemin sans se préoccuper de ce que les autres (sa mère) en pensent. J'ai bien aimé aussi sa relation avec ses deux aînés, un peu maladroit mais affectueux avec une Meg bouleversée, vigilant face aux faits et gestes de Renny, mais le soutenant lorsque le reste de la famille le critique. Les principaux arcs de ce roman concernent Meg et Renny. D'abord Meg qui voit ses projets de mariage chamboulés par l'arrivée de l'enfant naturel que Maurice a fait a une jeune fille du village, elle qui n'a jamais laissé Maurice ne serait-ce que l'embrasser. Elle se déride tout de même avec son amie Vera Lacey toujours là pour lui changer les idées et avec Renny avec qui elle forme une joyeuse bande de conspirateurs. Les deux jeunes gens prennent plaisir à inventer toutes sortes de mauvaises blagues pour faire fuir Malahide, un invité indésirable qui prend racine à Jalna. Malahide est ce cousin éloigné irlandais, fauché, qui s'incruste et s'attire les bonnes grâces d'Adeline, qui par pur esprit de contradiction, décide d'en faire son cousin préféré. Malahide se mêle de ce qui ne le regarde pas et rapporte tous les petits secrets des Whiteoak à la vieille Adeline. Ces passages sont assez distrayants, et je me suis aperçue, alors que je n'avais pas lu ce livre depuis une dizaine d'année, que je me rappelais encore par coeur du charmant poème que le petit Eden récite à Malahide. Le cousin est tout à fait déplaisant, faisant ressortir des côtés assez méchants de Renny. Renny lui, va faire l'expérience des premières amours, une femme avec qui il découvrira les plaisirs du corps, et une pour qui il éprouvera ses premiers émois amoureux. On lui prédira deux grands amours dans sa vie, une femme dont le prénom commence par un C et une dont le prénom commence par un A. Vous en saurez plus à ce propos dans le prochain tome puis dans le tome 7. Meg est un peu outrée de le voir embrasser une jeune fille dans un verger, pour elle cette jeune fille se comporte comme "une fille de ferme", ah 1906... Ce volume marque l'apparition des premiers fils de Philippe et Mary. Eden a cinq ans et voue un culte à Meg et Renny qui l'adorent également. la relation entre Renny et le petit Eden est très touchante malgré les quinze ans qui les séparent. Piers n'est encore qu'un bébé de deux ans qui pase de bras en bras.

Concernant la continuité, j'ai passé un peu de temps à essayer de comprendre d'où venait cette Vera Lacey. Il se trouve qu'elle est la petite fille de Guy Lacey, celui qui avait deux filles dans le tome 3 et qui courtisait Augusta dans le 2. Ca ne collait pas tellement. On apprend à un moment que Guy Lacey a 70 ans en 1906, ce qui nous ramène donc à l'époque de matins à Jalna (1964-65 environ) à un homme de 29 ans qui s'intéresse à une jeune fille de 14 ans... Et qui a probablement eu un fils juste après pour pouvoir avoir une petite fille de vingt ans 41 ans après. Un fils dont on ne nous a jamais parlé dans Mary Wakefield alors que les deux filles Lacey (Violet et Ethel) étaient tout à fait présentes. Bon, bref, l'auteur attache manifestement moins d'importance que moi à ce genre de détails...

Allez, next !

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26 septembre 2017

Mazo De La Roche - Mary Wakefield

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Chargé de trouver une gouvernante pour les enfants de son frère Philip qui vit au Canada, Ernest Whiteoak engage Mary Wakefield sur sa bonne mine.C'est en arrivant à Jalna que la jeune fille prend la mesure de son inexpérience mais, si ses élèves ne sont pas des anges faciles à mener, leur père n'a rien non plus du vieux veuf ventru qu'elle imaginait.A peine Mary commence-t-elle à se rasséréner que le reste de la famille revient d'Europe et s'alarme ; Mary ne répond guère à l'image rébarbative des gouvernantes traditionnelles.Un complot s'ourdit pour réparer la "gaffe d'Ernest" et faire partir Mary avant que Philip s'avise de se remarier avec elle. C'est compter trop sur la nonchalance de Philip et pas assez sur son entêtement. Il s'ensuit une période mouvementée d'une importance capitale pour l'avenir des Whiteoak de Jalna.


 

Nous voilà avec le troisième tome de la saga de Jalna. Je vous le dis tout de suite, je l'ai beaucoup aimé, bien mieux que les deux premiers ! Les deux personnages principaux sont Mary et Philippe II, et contrairement à Adeline et Philippe I dans les volets précédents, ces deux-là sont tout à fait agréables. On fait un saut de 30 ans depuis le tome 2, et pas mal d'événements se sont déroulés. Il nous manque un tome intermédiaire, qui aurait par exemple raconté la mort de Philippe I, le premier mariage de Philippe II, la vie de jeunes adultes d'Augusta, Nicolas et Ernest, le mariage et le divorce de Nicolas. C'est probablement la plus grande lacune de la saga. Philippe I était un des personnages principaux des 2 premiers romans, et on ne nous dit ni quand, ni comment il est mort, on devine seulement que cet événement a eu lieu au cours des quinze précédentes années, puisqu'il a offert un nouveau perroquet à sa femme quinze ans auparavant. Il y a ensuite eu le mariage de Philippe II avec Margaret, la fille du Dr Ramsay, femme décrite comme caractérielle et ne s'entendant pas du tout avec Adeline. Elle est la mère de Renny, futur personnage central de la saga, et nous ne l'avons jamais vue. Puis ce mariage éclair de Nick, qui fait partie de la légende familiale, il a épousé une fille qui l'a plumé en divorçant. Nicolas a peu d'intrigues, ça aurait été une bonne idée d'intégrer celle-ci à ce troisième opus. Au lieu de ça, Gussie, Nick et Ernest sont trois personnages assez effacés, en toile de fond de ce romans, spectateurs de la bataille entre leur mère et leur jeune frère. Pour les trois enfants que nous avions appris à connaître et à aimer dans "Matins à Jalna", c'est frustrant. Augusta est reléguée au rôle de vieille tante à cheval sur les principes, Nicolas est presque transparent, et Ernest fait figure humoristique à toujours défendre sa vieille maman. A côté d'eux, Philippe est un homme qui sait ce qu'il veut et entend ne pas se laisser marcher sur les pieds par son dragon de mère, ça change.

Nous entrons donc dans ce livre par un personnage extérieur, Mary, qui pose un regard neuf sur la maisonnée et ses traditions du vieux monde. Les Whiteoak vivent au Canada depuis quarante ans mais, mis à part Philippe, sont toujours ancrés en Angleterre (où vit Augusta, et partiellement Nicolas et Ernest). Mary, elle, est une anglaise moderne et ne comprend rien à ces coutumes. On fait ensuite connaissance avec les deux enfants à qui elle est venue enseigner, Meg et Renny orphelins de mère depuis tout petits. Le traducteur français s'embrouille dans les dates, mais en lisant la version anglaise il semble que Margaret soit décédée lorsque Meg et Renny avaient 4 et 2 ans. Meg est une petite fille capricieuse et jalouse tout à fait antipathique. On pourrait le lui pardonner dans le contexte du livre, mais je sais qu'elle restera ainsi plus tard, je n'ai jamais tellement aimé Meg. Renny en revanche est un gamin franc et affectueux, je l'ai tout de suite bien aimé. Vient alors Philippe, maître de Jalna, pas tellement à cheval sur les principes, qui met la main à la pâte à la ferme et mène une vie plutôt simple dans son beau domaine. Philippe et Mary s'entendent tout de suite bien, Philippe est avenant, Mary est très jolie, il aime ses enfants, elle fait de son mieux avec eux, elle lui lit des poèmes dans l'herbe. Puis arrive la Famille, avec un grand F. Et alors on assiste au procès de Mary, elle s'habille trop bien, est trop jeune et jolie, fume des cigarettes et met du rouge sur ses lèvres. Alors pour nous il n'y a pas de quoi fouetter un chat, mais pour 1890, c'est une affreuse chasseuse d'hommes !  Ca ne plaît pas à Adeline qui refuse de voir son fils de 35 ans se remarier, elle ne s'entendait pas du tout avec sa précédente femme, pas question d'avoir une nouvelle rivale dans la maison. Ou alors, au moins une jeune fille avec une belle dot, mais Mary n'en a pas. A partir de là, Adeline va manoeuvrer pour jeter Philippe dans les bras d'une jeune fille riche et Mary dans ceux de Clive Busby, un ancien du coin parti vivre à l'autre bout du pays. On dirait que les Busby ne sont dans le voisinnage que pour le bon plaisir d'Adeline qui tente de leur faire épouser les professeurs de sa descendance. On se souvient  30 ans auparavant d'Amelia Busby qui épouse Lucius Madigan (le précepteur de Gussie, Nick et Ernest), et de ce dernier qui prend la fuite au bout de deux jours. Bon je vous spoile un peu et vous annonce que ce Busby-là n'aura pas plus de réussite que la précédente. J'ai particulièrement aimé la façon dont Philippe tient tête à sa mère et la remet à sa place. Dans mon souvenir, il est le seul (avec son père) à oser faire ça dans toute la saga, et ça fait du bien à la vieille Adeline qui pense pouvoir régenter la vie de tout le monde. Les scènes familiales sont savoureuses, j'aime la manière dont ils se moquent les uns des autres, les disputes des Whiteoak sont mes moments préférés, pas de langue de bois, tout le monde en prend pour son grade, et dans ce volume Philippe aime bien remettre sa mère à sa place. Ce roman est frais et léger, Philippe est sympathique, on a envie qu'il soit heureux, il est un papa aimant (qui ne bat pas ses enfants pour un oui, pour un non comme son père), et d'un naturel plutôt charmant. Mary est une jeune femme qui n'a plus d'attache et se retrouve un peu perdue, elle est jugée pour des choses qui ne nous choquent pas tellement, on a envie que tout se termine bien pour elle aussi. Et on aimerait bien mettre un coup de pied dans le derrière de la vieille Adeline.


 

"Adeline ignora cette déclaration et demanda :

- Mr Pink savait-il que j'ignorais (spoiler, phrase tronquée !)

- Il ne savait rien. (note de la blogueuse: répondit Philippe)

- Si je croyais qu'il le savait, cria-t-elle, je le chasserais et il ne me faudrait pas trois semaines pour cela ! Trois minutes me suffiraient !

- Maman, vous n'êtes pas un achevêque, ni même un évêque, dit Philippe tranquillement.

- C'est ton père et moi qui avons construit cette église.

- Est-elle encore à vous ?

- Philippe, protesta Ernest, as-tu fini d'être grossier à l'égard de maman ?

- Avez-vous tous fini de prendre ma défense ? répliqua Adeline. Je n'ai besoin de personne pour me défendre contre ce jeune gredin doublé d'un ingrat."


Dans la toile de fond générale du voisinnage, j'essaie de repérer qui est qui dans chaque famille. Clive Busby est le fils d'Isaac que nous avons aperçu dans les deux volumes précédents, lui-même un des cinq enfants d'Elibu. Il est précisé qu'une tante Busby, Abigail une des soeurs d'Isaac, vit à 30 miles de Jalna, on ne sait pas si le reste de la grande famille a déménagé ou s'il reste des Busby dans le coin. Probablement pas car Clive séjourne chez les Vaughan. Chez ces derniers Robert, le fils du couple Vaughan qui a accueilli Adeline et Philippe dans le pays, a eu un enfant sur le tard (vers 45-50 ans selon mes calculs), c'est le jeune Maurice qui a l'âge de Meg et dont on entendra plus parler par la suite. Chez les Lacey, la famille actuelle est celle de Guy, le jeune homme dont Augusta était amoureuse dans "Matins à Jalna", il s'est marié et a eu deux filles Ethel et Violet qui ont presque trente ans. On ne nous dit pas ce que sont devenus les parents de Guy et les deux petites soeurs qui avaient l'âge de Philippe. Oui, je sais, parfois je suis mieux les personnages de Jalna que l'auteur elle-même... Wilmott a tout bonnement disparu, on apprendra dans 12 tomes qu'il est mort en sauvant Philippe II d'une noyade certaine lorsqu'il était enfant. Philippe avait alors promis d'appeler un de ses fils James Wilmott. Bon, spoiler, aucun de ses fils ne s'appelle comme ça, ingrat ! Et concernant la famille d'Adeline, elle parle parfois de son père Renny qui est maintenant mort et qui aurait élevé onze enfants. On oublie donc que 4 sont morts en bas-âge sur le tas ? Et Adeline parle encore de ce que son père aurait fait à elle ou ses frères, ce qui confirme ma théorie disant que la soeur Judith qui apparait au début de "Naissance de Jalna" a été oubliée immédiatement après avoir été mentionnée.

 

 

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22 septembre 2017

Mazo De La Roche - Matins à Jalna

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Nous revoilà en compagnie des Whiteoak pour le 2e tome de la saga. Une petite dizaine d'année a passé, les enfants sont désormais quatre et la famille est bien installée dans sa province et dans sa maison. Augusta balance entre les manières qu'une jeune fille doit acquérir au 19e siècle et les jeux d'enfants avec ses frères. Nicolas est un gamin franc et bien droit dans ses bottes. Ernest, plus délicat est le petit troisième espiègle à protéger, à la santé fragile. Et enfin le bébé Philippe avec ses belles boucles blondes et le préféré de ses parents et n'aspire qu'à grandir pour rejoindre ses frères et soeur dans leurs aventures. Philippe (le père) et Adeline manifestent dans ce tome un peu plus d'affection pour leurs enfants que dans le précédent, et certaines scènes sont plutôt sympas à lire.

La première intrigue de ce tome tourne autour de la venue d'amis du Sud des Etats-Unis, qui fuient leurs plantations de cotons avec leurs esclaves dans le contexte de guerre de sécession. Ce sera bien une des seules fois de la saga que les événements extérieurs auront un impact sur la petite vie à Jalna. Et encore, les Whiteoak y prennent bien peu parti. Les Sinclair sont donc accueillis à Jalna, au grand damne des voisins, notament les Busby, qui prennent activement parti pour le Nord. Adeline et Philippe s'intéressent peu à la cause et se contentent de tremper un orteil du côté du sud en constatant que les esclaves des Sinclair sont bien traités et ne veulent pas quitter leurs maîtres. ils autorisent alors les Sinclair à organiser des réunions secrètes la nuit à Jalna pour conspirer avec leurs alliés. Oui, c'est un peu gênant, les Whiteoak sont plutôt pro-esclavage... Au final la guerre de Sécession sert de contexte mais est très peu exploitée, à part comme raison au séjour des Sinclair et à l'éloignement du reste de la petite communauté du coin. On nous montre des esclaves bien traités et un couple de riches exploitant qui perd sa fortune, sans parler le moins du monde de l'autre côté du miroir. Oui, bon, soit... Oublions !

La deuxième partie du récit s'attache aux enfants Whiteoak, principalement aux trois grands qui ont entre 10 et 14 ans. La vie dans le grand Nord, le précépteur irlandais un peu alcoolique, les pique-niques au bord du lac et les balades en raquettes. Ca donne presque envie d'avoir nous aussi grandi dans ce petit paradis. Presque, parce qu'on n'a pas tellement envie non plus de se faire battre à coups de ceinture quand quelque chose ne plaît pas aux parents ... On fait connaissance avec ces trois enfants et leurs personnalités bien distinctes. C'est amusant car vu l'écart qui se situe entre les tomes 2 et 3, puis 3 et 4, nous ne les reverront ensuite que presque vieux. Et sans vouloir trop spoiler non plus, ne vous attachez pas trop à Wilmott, vous n'aurez plus de nouvelles de lui ensuite. Il disparait entre les tomes 2 et 3 sans explications, avant d'apprendre au détour d'une page du tome 15 qu'il est mort noyé en sauvant le petit Philippe dans un ravin. C'est le problème d'avoir écrit les livres dans le désordre....

J'ai préféré ce tome au 1er, Adeline et Philippe m'ont été plus sympathiques, malgré cette histoire d'allégeance au Sud. J'ai bien aimé Philippe surtout, qu'on connait finalement assez peu car il disparait relativement tôt dans la saga. J'ai entamé le tome 3, Mary Wakefield, et pour l'instant je l'aime encore mieux que Matins à Jalna.

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09 septembre 2017

Philippe Labro - On a tiré sur le président

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«"On a tiré sur le Président", c'est la phrase que toute l'Amérique a prononcée le 22 novembre 1963, jour de la mort de JF Kennedy. Je l'ai entendue sur la côte Est des États-Unis où je me trouvais. J'ai filé à New York pour prendre le premier avion pour Dallas. Sur place, j'ai vécu l'événement dans les couloirs du quartier général de la police. J'ai vu Oswald, j'ai rencontré Jack Ruby, la veille du jour où il assassina Oswald. J'ai connu les flics, la presse, la confusion, le Texas, les mystères.»

Pour la première fois, Philippe Labro livre son récit authentique et passionnant - accompagné de sa vision de la personnalité de JFK et de sa conviction sur qui a «tiré sur le Président».


 

Il y a des milliers de livres sur les Kennedy, le choix n'est pas simple. J'avais choisi de lire celui-ci car je ne voulais pas d'un pavé retraçant toutes les théories et le rapport Warren, ni quelque chose de trop factuel sans ressenti, et encore moins un roman avec de mauvaises bases historiques. Le livre de Philippe Labro m'a alors paru être un bon compromis, et je n'ai pas été déçue.

Il s'agit de l'histoire réellement vécue par Labro la semaine qui suivit l'assassinat de JFK. L'écrivain est alors un jeune journaliste, qui se retrouve par hasard au coeur de l'action. Il connait un peu les Etats-Unis, et lorsqu'il apprend la nouvelle "On a tiré sur le président !" sur un campus, il se dirige vers Dallas pour avoir des scoops. Labro nous y livre son ressenti de l'époque et les conclusions qu'il tire de ce qu'il a vu et lu 50 ans plus tard lorsqu'il écrit ce livre, il est passionné par l'affaire Kennedy, il a même été cité dans le fameux rapport Warren de 888 pages qui enquête sur l'assassinat. En lisant ses pages, on a l'impression d'avoir été là-bas avec l'auteur. Il nous transporte dans le Texas de 1963, ça sent le foin et le cowboy. Puis il nous emmène dans les coulisses des jours qui ont suivi l'assassinat de Kennedy au commissariat de Dallas, on le suit, petit jeune qui essaie de se frayer un chemin au milieu des grands journalistes, on campe avec lui dans les couloirs, on essaie d'apercevoir Oswald. Ca sent le cigare, la crasse et l'adrénaline du scoop, on imagine les vieux appareils photos à gros flashs et les accointances qui se créent dans le commissariat. Avec Labro on fait connaissance avec Ruby avant qu'il ne tire à son tour sur Oswald, jettant à tout jamais le sceau du mystère sur l'affaire. Paru en 2013, c'est plutôt amusant de voir comment se passaient les fils d'infos 50 ans auparavant, voir les journalistes devoir quitter le lieu où il faut être pour pouvoir transmettre à temps par téléphone leur compte-rendu au journal, et parfois à cause de ça rater un événement majeur.

Le livre n'est pas bien gros, celui qui n'est pas tout à fait novice dans l'affaire Kennedy n'y apprendra pas grand chose, mais Philippe Labro a, je pense, atteint son but. Celui de nous transporter avec lui dans l'Amérique du 23 novembre 1963, dans le bazar qui régnait ce jour-là à Dallas, au commissariat où était enfermé l'homme qui avait tiré sur le président. Labro nous fait aussi part de son propre avis concernant les théories du complot et c'est plutôt intéressant.

 

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08 septembre 2017

Yaa Gyasi - No Home

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XVIIIe siècle, au plus fort de la traite des esclaves. Effia et Esi naissent de la même mère, dans deux villages rivaux du Ghana. La sublime Effi a est mariée de force à un Anglais, le capitaine du Fort de Cape Coast. Leur chambre surplombe les cachots où sont enfermés les captifs qui deviendront esclaves une fois l’océan traversé. Effi a ignore que sa soeur Esi y est emprisonnée, avant d’être expédiée en Amérique où des champs de coton jusqu’à Harlem, ses enfants et petits- enfants seront inlassablement jugés pour la couleur de leur peau. La descendance
d’Effia, métissée et éduquée, connaît une autre forme de souffrance : perpétuer sur place le commerce triangulaire familial puis survivre dans un pays meurtri pour des générations.

Navigant brillamment entre Afrique et Amérique, Yaa Gyasi écrit le destin d’une famille à l’arbre généalogique brisé par la cruauté des hommes. Un voyage dans le temps inoubliable.
 

No Home est un très beau roman, fait de multiples tranches de vies entre l'Afrique et l'Amérique, le destin de nombreux personnages d'une même famille qui ne se connaissent pas, au cours de deux siècles. Deux siècles c'est très long, chaque chapitre est consacré à un personnage, un descendant d'Effia puis un descendant d'Esi, leurs vies sont très dissemblables et pourtant tous vivent une souffrance, celle de la cruauté des autres, et celle d'être déraciné.
La branche d'Effia est métisse, descendant d'une ghanéenne et d'un colon anglais. Destinés à perpétuer le commerce d'esclaves, il leur faudra par la suite se réappropier leur terre et le droit d'y vivre, tout en restant pour les autres des blancs. On assiste en filigrane à la question de la colonisation, de la guerre entre les Ashantis et les Fantis, du commerce des esclaves, de l'identité des métisses, du racisme anti-blanc. Les descendants d'Effia se suivent et ne se ressemblent pas, et c'est un plaisir de suivre leurs destinées à travers le Ghana du 18e, 19e et 20e siècle, du fils de colon envoyé faire des études en Angleterre, à celui qui ne souhaite que gommer son ascendance blanche et cultiver un petit lopin de terre en se faisant oublier. La branche d'Esi se disperse en Amérique, esclaves dans des champs de coton, des générations à chaque fois arrachées à la précédente, aucun n'ayant pendant longtemps aucune idée de l'histoire de ses parents, pas d'histoire, et pourtant des destins qui se suivent et se répètent. Cette fois en toile de fond c'est la guerre de sécession et la fin de l'esclavagisme, le racisme anti-noir. Les deux branches de cette famille sont meurtries par le commerce des esclaves et le racisme, en miroir.
J'ai parfois été déçue de la brièveté des chapitres, chaque génération n'ayant droit qu'à deux chapitres : un au Ghana et un en Amérique. On s'attache à des personnages, puis on se retrouve propulsé dans un autre pays au chapitre suivant, et des années plus tard lorsqu'on retrouve le pays précédent.  Les ellipses sont importantes, il nous reste à imaginer ce que sont devenus Kojo et ses enfants, l'enfance de Yaw... Et pourtant elles sont indispensables, car il serait totalement impossible de raconter l'histoire de ces 14 personnages sans ces ellipses. No Home est un livre qui se relit sous plusieurs angles, il est complexe et plein d'ingrédients différents. Il y a la question de la liberté, de l'intégration dans un pays, des violences entre les hommes, évidemment le rascisme. Mais principalement je crois que ce que j'en ai retenu c'est l'héritage des générations précédentes, l'impact que les faits et gestes des aînés ont sur leur descendance. J'ai aimé également voir les évolutions de la société, passer des champs de cotons du sud à Harlem, et réaliser que la marche la plus importante avait eu lieu à la fin du 20e siècle.
Ironiquement en anglais le livre s'appelle Homegoing, ce qui est plus optimiste. En version originale les personnages cherchent donc à rentrer chez eux, alors que dans la version française, ils sont tout simplement déracinés, même ceux qui sont restés sur leurs terres. No home est un livre dense mais qui se lit très rapidemment, n'hésitez pas !

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06 septembre 2017

Mazo De La Roche - La naissance de Jalna

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Quand ils se rencontrent, c'est le coup de foudre. Pour Philippe Whiteoak, toutes les femmes sont des laiderons stupides auprès de la jolie Adeline Court. Aux yeux de la pétulante Irlandaise, nul homme n'a plus belle prestance que le capitaine Whiteoak. Leur mariage dépasse en splendeur ce qu'a connu la ville indienne de Jalna. Mais la naissance d'Augusta met fin à leur vie brillante - et l'ennui vient.
La mort de leur oncle de Québec qui leur laisse une fortune considérable les décide à quitter les Indes. Ils font halte en Angleterre, puis en Irlande. Après un faux départ et maints incidents, leur voilier les conduit à Québec, d'où ils partent s'installer dans les verts espaces de l'Ontario.


 

Relire les Jalna, c'est quelque chose que j'ai eu l'intention de faire plusieurs fois au cours de ces quinze dernières années. La curiosité m'a finalement poussée à m'y mettre. Curiosité de redécouvrir une saga qui m'a passionnée alors que j'étais encore en primaire, et que j'ai lue et relue d'une façon tout à fait désordonnée tout le long de mon adolescence, changeant régulièrement de personnage favori au fur et à mesure que je grandissais. Je l'avais initialement lue dans le désordre, commençant par le tome 4, le premier "La Naissance de Jalna" est donc un des derniers que j'ai lu, et il ne m'avait pas laissé un souvenir impérissable.

Au final, j'ai bien plus apprécié "La naissance de Jalna" à l'âge adulte, mais je ne suis pas sûre pour autant qu'il m'aurait donné envie de lire la suite si je ne savais pas déjà ce qui m'attendait. Il faut savoir que cette saga a été écrite dans le désordre le plus complet, et que lorsque Mazo De La Roche a entreprit l'écriture de celui-ci, elle avait déjà écrit 8 des tomes suivants. L'histoire qu'il raconte est déjà connue, et les lecteurs sont déjà attachés à Adeline qui en est le personnage principal, c'est un prequel, et dans ce sens je trouve qu'il est fait assez peu d'efforts pour nous faire aimer le couple mythique. Or il s'agit là bien de la base de la saga, qui relatera plus tard l'histoire des petits-enfants d'Adeline et Philippe. Tout le long des tomes suivants on nous répètera à quel point ces deux-là étaient courageux, exemplaires. En effet ils sont jeunes, beaux, ont de l'argent et partent à la conquête du nouveau monde, mais ils sont loin d'être sympathiques, au début tout du moins. On les voit quitter l'Inde où ils étaient établis, passer par l'Angleterre et l'Irlande et débarquer à Québec, avant de faire cap vers l'Ontario et ses grands lacs. On connaissait déjà l'histoire de la traversée abominable de l'Atlantique, d'Adeline malade et de Philippe obligé de prendre soin de sa fille qu'il pique malcontreusement avec une épingle à nourrice, racontée des années plus tard dans les tomes suivants (déjà écrits donc), et voilà qu'on y assiste.

Ce qui m'a plu dans ce "prequel" ce sont les personnages secondaires. J'ai aimé faire connaissance avec la famille d'Adeline, le vieux Renny, Conway et Sholto. Devenue âgée, Adeline ne cessera d'encenser l'Irlande et sa famille auprès de ses petits-enfants, on s'aperçoit finalement en la voyant avec eux qu'elle les critiquait aussi vertement qu'elle y était attachée. La dynamique qu'elle a avec son père et ses frères est intéressante, j'aurais aimé la voir plus longtemps en Irlande. Et en parlant des Court (la famille d'Adeline donc) j'ai parfois l'impression de suivre mieux que l'auteur le fil de son récit, elle s'emmêle les pinceaux dans le nombre de frères et soeur qu'a Adeline. Il est dit à plusieurs reprises que sa mère a eu 11 enfants, puis deux fois que 4 sont morts en bas âge, et une fois 5 morts en bas-âge.  Il y aurait donc 6 ou 7 enfants Court, or Adeline mentionne ses 5 frères, et une soeur apparait en début de livre. J'ai donc essayé de m'y retrouver et voilà de qui me semble être constituée la fratrie Court : Judith (soeur mentionnée en début de récit puis... plus jamais), Adeline, Timothée (le petit frère apparaissant lors du séjour en Irlande), Conway et Sholto (les deux frères qui partent sur le bateau avec les Whiteoak), Esmond (un frère qui vient les rejoindre à Jalna pour le baptême d'Ernest), "une frère marié" non prénommé (apparaissant en Irlande lorsqu'il vient dîner chez ses parents). Je pense que Mazo De La Roche a complètement oublié qu'elle avait donné une soeur à Adeline et que cela explique qu'elle se soit perdu dans les comptes. Bref, les frères d'Adeline sont des personnages agréables, qui ne sont pas coincés dans les coutumes de la vieille Angleterre du 19e siècle. Attention, petit scandale lorsqu'ils organisent une soirée baignade mixte au lac ! J'ai aussi beaucoup aimé Wilmott ( James dans la version originale, Jacques dans la version française de "La naissance de Jalna", puis James à nouveau dans la version française du second tome... J'ai l'impression que personne n'a relu ces livres avant de les imprimer parfois !). Adeline est une caricature d'elle-même, orgueilleuse à point, égoiste, elle met au monde des enfants non désirés qu'elle tolère à peine. Son personnage commence à s'adoucir auprès de James Wilmott qui devient un ami proche au Canada, elle commence enfin à faire quelque chose pour quelqu'un d'autre qu'elle-même et se fiche du qu'en dira-t-on, c'est là que j'ai commencé à retrouver l'Adeline dont je me rappelais. Certains passages concernant Adeline sont tout de même risibles, comme celui où elle essaie de s'évanouir sur commande en voyant pour la première fois le terrain sur lequel Jalna sera bâti. Philippe m'a paru moins caricatural, mais il est moins présent qu'Adeline, ce sont à ses états d'âmes à elle que nous assistons. Face à cette jeune Adeline, je ne pouvais pas m'empêcher de la comparer avec son arrière-petite-fille qui sera son portrait craché, eh bien je préfère clairement la seconde ! Adeline II sera plus généreuse et plus sensible que son arrière-grand-mère. Alors que les générations suivantes passeront leur temps à aduler Adeline et Philippe, il me semble au contraire que la famille s'est améliorée avec les années. Par ailleurs j'ai bien aimé voir les ancêtres de tous ceux qui constitueront la petite communauté des prochains livres, les Lacey, les Busby, les Vaughan, les Pink le Dr Ramsey (grand-père maternel du futur personnage principal des tomes suivants)...

La saga de Jalna raconte l'histoire d'une famille d'origine anglaise et irlandaise, s'installant dans le Canada sauvage au milieu du 19e siècle, le couple pionnier mit en scène dans "La naissance de Jalna" et les 4 générations suivantes, mais je ne crois pas qu'elle soit faite pour être lue dans l'ordre chronologique. Les trois premiers font office de prequels, racontant les 50 premières années en pointillés, et les 13 suivants relatent de façon bien plus détaillée les 50 suivantes. Je pense que le plus logique est de commencer au tome 4 "Jeunesse de Renny" puis de continuer jusqu'au tome 16 puisqu'ainsi il ne se passe pas plus de 4 ans entre les intrigues de chaque livre, puis de lire les trois premiers après. C'est ce que j'ai fait à l'époque et ça me semble avoir plus de sens que de commencer par celui-ci qui est plein de clins d'oeils à la suite que l'on est censé déjà connaître. En tout cas, ça me fait plaisir de replonger dans la vie des Whiteoak.

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14 mai 2017

Fred Vargas - Quand sort la recluse

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- Trois morts, c'est exact, dit Danglard. Mais cela regarde les médecins, les épidémiologistes, les zoologues. Nous, en aucun cas. Ce n'est pas de notre compétence. 

- Ce qu'il serait bon de vérifier, dit Adamsberg. J'ai donc rendez-vous demain au Muséum d'Histoire naturelle. 

- Je ne veux pas y croire, je ne veux pas y croire. Revenez-nous, commissaire. Bon sang mais dans quelles brumes avez-vous perdu la vue ? 

- Je vois très bien dans les brumes, dit Adamsberg un peu sèchement, en posant ses deux mains à plat sur la table. Je vais donc être net. Je crois que ces trois hommes ont été assassinés. 

- Assassinés, répéta le commandant Danglard. Par l'araignée recluse ?


 

Le nouveau Vargas est sorti, et ça c'est toujours une très bonne nouvelle.

Nous voilà donc à nouveau embarqués dans une enquête d'Adamsberg, avec ses brumes dans les yeux et sa brigade derrière lui. C'est un peu comme une nouvelle saison de série, on a hâte de découvrir la nouvelle intrigue, mais tout autant de retrouver les personnages récurrents. En ouvrant le livre, j'attendais des nouvelles de Camille (ça fait des lustres qu'on n'a pas vu Camille!), des scènes entre Danglard et Adamsberg les deux amis que tout oppose et rapproche. Alors j'aurais pu être déçue car sans vous spoiler, zéro mention de l'ex-petite-chérie, et les relations entre Danglard et Adamsberg battaient franchement de l'aile. Mais Fred Vargas m'a surprise en me faisant tout autant plaisir. On retrouve le temps de quelques pages Raphaël, le frère presque jumeau qu'Adamsberg a traîné toute sa vie, le personnage dans l'ombre de mon Vargas préféré "Sous les vents de Neptune". Elle est vieille cette histoire de deux frères, elle a peut-être bien quinze ans, on n'attendait plus de caméo de Raphaël! Et puis alors que cette brève apparition m'avait déjà fait pardonner l'absence manifeste de Camille et Tom, voilà que c'est au tour de Matthias le préhistorien de débarquer et de donner des nouvelles de Marc et Lucien. Oui, les évangélistes de "Debout les morts"! Ça faisait bien vingt ans qu'ils n'étaient plus apparus eux. C'était bien.

En règle générale, un nouveau tome de la série nous permet de zoomer un peu sur un des gars de la brigade. Cette fois on a creusé un peu Veyrenc, en tant que second fidèle et digne de confiance. Veyrenc c'est un peu la famille, mais ça reste un petit nouveau. C'était agréable de voir Adamsberg pouvoir compter sur lui dans des moments où Danglard l'abandonnait.

Côté enquête, j'ai trouvé ça meilleur que les derniers tomes. Si, celui de l'Islande était chouette! L'armée furieuse et les histoires de Vampires m'avaient moins passionnée. Cette fois il s'agit de la recluse, une araignée qui tue dans le sud de la France. Or Adamsberg flaire anguille sous roche, murène sous rocher. En effet la recluse ne tue pas, elle pique rarement, nécrose parfois, mais pas de décès. Il est obligé de mener son enquête en cachette, en sous-main sans avertir les supérieurs qui le prendraient encore pour un illumin, et à contre-courant de Danglard qui essaie de ridiculiser Adamsberg et ses croyances devant la brigade. Alors on parle de l'enquête en comité restreint, dans la cour, au restaurant. On a tous les éléments qui font les bons Vargas: des métaphores, des piqures qui grattent, des mythes médiévaux, des animaux, et des échos dans l'histoire familiale et personnelle de certains flics de la brigade.

Bref, j'ai adoré et j'ai envie de relire les précédents. Celui de l'arrivée de Veyrenc, ceux avec les Évangélistes, celui avec Raphaël, ceux avec Camille. Bref presque tous, je ne sais pas par quel bout m'y prendre. 

 

NB: dans le prochain, je veux des nouvelles de l'histoire esquissée pour Retancourt et savoir si Veyrenc a conclu.

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28 janvier 2017

Didier Cohen - la petite absente

Didier Cohen - La petite absente

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Dix-huit mois d'amour fou, jusqu'à la tragédie. Après, elle l'a quitté. Il ne l'a plus revue. Il n'a jamais pu l'oublier, jamais elle n'a cessé de l'aimer. C'était il y a douze ans. Alors, ce jour de pluie, quand le hasard les met de nouveau face à face, l'inévitable ne peut que s'accomplir. Tout a changé, c'est vrai : Aurore a, comme on dit, refait sa vie, avec enfant, mari. Mais que pèse la biographie devant un échange de regards, lorsque la passion ne s'est jamais éteinte ? Ils s'aiment. Comme au premier jour... C'est du moins ce qu'ils croient. Car voici qu'avec leur amour resurgit le fantôme de la petite absente, leur bébé disparu, l'enfant de leurs vingt ans... La bouleversante histoire d'un amour absolu confronté à l'impossible deuil.


 

Didier Cohen est l'auteur de "Graine de championne" l'un des livres préférés de mon enfance, je l'ai retrouvé dans un tout autre registre il y a une quinzaine d'années en lisant "La petite absente" qui fut ensuite adapté sur Fr2.

Ce livre est le récit d'une descente aux enfers, ou de plusieurs descentes aux enfers. Celle d'Aurore dans le présent du roman, et celle de Daniel et Aurore douze ans auparavant. Le sujet est lourd, et pourtant les phrases courtes, les chapitres de 4-5 pages, l'alternance des points de vue et des époques rendent le récit dynamique. On ne s'attarde pas sur la douleur, on passe à la suite, on y reviendra plus tard. On a envie de croire en la possibilité de voir renaître la passion dévorante entre Aurore et Daniel, on voudrait les voir capables d'aller de l'avant, et on les regarde s'engluer dans le passé. Heureusement il y a Elsa, Sam et Anouk qui amènent un vent de légereté, et l'affection solide de Michel. Aurore fuit Daniel et tout ce qu'il ramène à la surface, la dépression, la petite Marine mais aussi ces mois de bonheur total. Aurore et Daniel ne peuvent pas se retrouver car ils n'en sont pas au même point. Daniel a fait son deuil, il parvient à vivre dans l'appartement où il a perdu sa fille, mais il n'a pas dépassé sa rupture avec Aurore, elle reste la seule femme au monde pour lui. Aurore elle, a fui et refait sa vie, elle a bouché des trous avec du plâtre fragile mais n'a jamais vraiment réussi à faire le deuil de Marine, et retrouver Daniel c'est soulever un pan de sa vie d'où ne sort que des fantômes, celui de Marine et ceux des êtres insouciants qu'étaient Daniel et Aurore il y a douze ans. On voit Daniel espérer et Aurore s'enfoncer à coups de Valium et de délires morbides. Sur le bas côté de ce crash annoncé il y a Sam, le mari d'Aurore et Michel, le père de Daniel, de solides piliers qui se tiennent prêts à ramasser les morceaux. C'est un très beau livre sur le deuil, la passion est l'impossibilité parfois de vivre ensemble malgré un amour indéfectible. C'est l'histoire de gens qui ne peuvent pas vivre séparés, mais s'autodétruisent ensemble. Les scènes les plus jolies sont peut-être celles entre Aurore et sa fille de dix ans Elsa. Elsa qui du haut de ses dix ans ne comprend pas ce qui arrive à sa mère, ce qui sépare ses parents, et pourquoi sa mère l'appelle parfois "Marine". On passe par beaucoup d'émotions en lisant "La petite absente", il ne faut pas avoir peur des larmes mais c'est une très belle histoire.

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