Lucile in the sky

03 juillet 2019

Mazo de la Roche - Le maître de jalna

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Le maître Jalna, c'est Renny Whiteoak à qui appartient la vieille demeure et la propriété. Après le décès de sa grand-mère, la vieille Adeline, il essaie de perpétuer les traditions familiales. Alayne et lui ont une fille, la petite Adeline, qui a hérité des cheveux roux et du caractère ardent de son homonyme. Tandis qu'Alayne est préoccupée par la tentative d'apprivoiser cette enfant sauvage, Renny a une aventure avec Clara, la veuve de son ami. Toute la famille Whiteoak est de retour à Jalna, et Renny prend soin de tout le monde, y compris Clara et sa fille Pauline. Il fait face à une crise financière et lutte pour garder le domaine intact.


 

Et nous revoilà avec le dixième tome de la saga ! A première vue, je ne l'aurais pas appelé comme ça mais plutôt "Hécatombe à Jalna" ou quelque chose dans ce goût-là, mais c'est vrai qu'en y repensant deux fois, le livre tourne pas mal autour de Renny. Renny qui manque d'argent, ce sont les années 1930 et la crise mondiale est arrivée jusqu'à Jalna, surtout qu'ils sont plusieurs Whiteoak à boursicoter. Donc on nous répète plusieurs fois que les Wragge n'ont pas touché leur salaire depuis plusieurs mois, que Renny a des factures qui s'entassent sur le bureau sans savoir comment les honorer, qu'il ne peut jamais payer la ferme à temps (c'est Piers qui gère la ferme), et par conséquent Piers ne sait pas comment payer les ouvriers. Mais ça n'a pas l'air d'inquiéter plus que ça le maître de Jalna, pas plus que les fuites dans le plafond ou la maison qui a sérieusement besoin d'un rafraichissement... Non, Renny est optimiste, il va s'en sortir, l'argent finira par rentrer. Ce qui l'ennuie ce n'est pas l'état de Jalna, c'est celui de Vaughanland. Maurice et Meg sont également mal en point et font construire des pavillons à louer sur les terres de Vaughanland. Miséricorde, des locataires au pied de Jalna ! Ca, ça révolte Renny et ses deux vieux oncles. Ca et l'élargissement de la route qui va obliger à couper des arbres centenaires. Comme vous voyez, on a de vrais problèmes à Jalna, mais ce n'est pas de ne pas pouvoir payer les gages de ses domestiques, c'est de voir la populace venir s'installer et quelques chênes coupés. Voilà, voilà... Sinon c'est la surpopulation dans la maison car Piers ne cesse de se reproduire et Pheasant vient de mettre au monde leur troisième fils, un petit Philippe (déjà le troisième du nom depuis le début de la sags). Comme c'est la crise du logement et qu'un bout de plafond du grenier a failli s'écrouler sur le berceau du petit Nooky (Finch, deuxième du nom, le deuxième fils de Piers), le couple décide de déménager dans la maison des demoiselles Lacey (qui sont parties à l'autre bout du pays), et voilà, cinq personnes de moins à Jalna. Entre nous, il était bien temps que Piers et Pheasant déménagent dans leur propre maison... Et puis ce n'est pas très loin "Les Moorings", les amarres en français, on se rappelle que le Capitaine Lacey était un vieux de la marine. Vous savez, de l'époque d'Adeline et Philippe. J'aime bien quand on revient aux basiques et qu'on emménage dans une maison connue.

Cet opus marque le retour d'Eden à Jalna, et... son départ ! Il revient au tout début du livre, sans un sou (comme d'habitude) et plutôt mal en point (ça ne change pas non plus), il s'est séparé de Minnie et s'installe chez Meg. Renny ne demanderait pas mieux que de la reprendre dans sa vieille demeure, mais la présence d'Alayne et Piers (qui n'est pas encore parti) rend les choses délicates. Donc Eden est cloîtré à Vaughanland, il aide Maurice à la ferme, il écrit et il va à la ville pour lire des poèmes dans des salons de lecture. Il devient plus ou moins ami avec Sarah Leigh, vous savez la cousine éloignée dont Finch était amoureux, mais qui s'est mariée avec le meilleur ami de Finch ? Eh bien, Arthur s'est noyé dans le Saint-Laurent et sa veuve est venue s'installer en Ontario. Pratique ! Je la trouve plutôt agréable dans ce livre, alors qu'elle m'était tout-à-fait antipathique dans le précédent. Elle est plus avenante, elle s'entend bien avec Eden, Renny, Alayne... enfin presque toute la famille en fait ! Enfin je me rappelle que ça ne va pas durer, Sarah n'est pas un bon souvenir de cette saga. Enfin pour l'instant elle est invitée dans les réceptions mondaines et ça ne dérange personne. Et évidemment, Finch découvre qu'il est toujours amoureux d'elle. Elle aussi. Carambolage annoncé. Et donc Eden dans tout ça ? Eh bien Eden découvre au bout de quelques mois qu'il est sérieusement malade, mourant même d'ailleurs. S'en suivront de douloureux chapitres où Meg, Augusta, Finch, Renny et Wake accompagnent la fin de vie de leur frère/neveu de 32 ans. Eden, malade de tuberculose dans sa robe de chambre bleue à Vaughanland, engueulant ceux qui l'ennuient et philosophant quand il en a le coeur, avec sur son coeur son dernier volume de poèmes, dedié à Finch. Et puis la mort de ce personnage qui a toujours été fuyant, mais si agréable à lire, avec ses remarques malicieuses. Eden me manquera, je le sais déjà car j'ai déjà lu tous les tomes suivants depuis longtemps. Il va falloir attendre longtemps avant de retrouver un peu de l'esprit d'Eden, chez le fils que Renny n'a pas encore, et peut-être un peu chez Nook aussi. Mais pour le moment il faut enterrer Eden et Renny n'envisage pas que Piers ne porte pas son cercueil. J'ai toujours trouvé très touchante la scène où Piers voit à contre-coeur son frère mort, celui dont il ne voulait plus jamais entendre parler. Pour Renny, il va lui dire au revoir, et finalement il se laisse prendre par les souvenirs. Il détestait Eden, mais il est là pour Renny, pour Finch aussi. Et puis quelques mois après la mort d'Eden, la vieille tante Augusta, qui a passé tout l'hiver au Canada, rentre chez elle et meurt d'une attaque. On fait venir le docteur pour l'annoncer aux deux vieux oncles car Renny pense que ça va les tuer, mais ils sont plus forts que ça... Mais voilà, Gussie Whiteoak, épouse Lady Buckley n'est plus. Hécatombe à Jalna, je vous dis.

Renny a donc une année difficile, il perd son frère, sa tante, il n'a plus un sou et voit son domaine amoindri (de quelques arbres, mais on dirait la seconde guerre mondiale). Il passe toujours beaucoup de temps chez les Lebraux, Clara la veuve de son ami Antoine et leur fille Pauline. Voyez-vous, Renny avait promis à Lebraux de prendre soin de sa femme et de sa fille, alors il les aide pour de menus travaux. Les deux femmes élèvent des renards dans une petite fermette. Et Renny et Clara s'entendent à merveille. Ca jase depuis des années dans le coin, même s'il ne s'est jamais rien passé, et Alayne est jalouse, on comprend ! Même la jeune Pauline est amoureuse de Renny, jusqu'à ce qu'il la repousse et qu'elle se rende compte que Wakefield est amoureux d'elle. Wake plane complètement au-dessus de tous les problèmes de sa famille, rien ne peut l'atteindre tant il pense à Pauline. Il se met à travailler à la ferme avec Piers pour gagner de l'argent. Wake aime l'argent mais le dépense dès qu'il l'a, et pourtant il va réussir à offrir une bague à Pauline. Ca devient sérieux ! Wake a dix-huit ans à la fin de ce tome, c'est un jeune homme et il a quitté la chambre de Renny pour s'installer dans celle que Piers et Pheasant ont déserté. On s'associe difficilement à ses élans amoureux, car on sait que Pauline ne partage pas ses sentiments. Elle l'aime bien, mais elle est amoureuse de Renny... Carambolage annoncé là aussi. Et donc Renny s'offusque qu'Alayne soit jalouse du temps qu'il passe chez ces deux jeunes femmes amoureuses de lui. Franchement, j'ai eu un peu de compassion pour Alayne dans ce tome. Un peu seulement, car j'ai trouvé très injuste qu'elle garde autant de rancoeur contre Eden. Je comprends que Piers ne veuille plus jamais parler à son frère (qui a tout de même couché avec Pheasant...), alors qu'Alayne... Eden l'a certes trompée, mais elle n'avait déjà d'yeux que pour Renny depuis longtemps, il lui a juste ouvert la voie et leur a plus tard donné sa bénédiction. Alayne n'aime pas les Whiteoak, mais elle en a épousé deux, allez comprendre ! Bref, là j'ai tout de même trouvé un peu fort que Renny lui dise qu'elle était jalouse pour rien. Alors que quand Clara a eu des problèmes financiers, Renny a hypothéqué Jalna. Oui hypothéqué !!!! A Sarah, la riche Sarah qui a hérité d'Arthur et va épouser Finch sous peu. Avec cet argent il a racheté les terrains de Vaughanland où se construisaient les pavillons et il a installé Clara et Pauline dessus. Evidemment toute la famille lui tombe dessus, et Alayne n'est pas jouasse qu'il ait hypothéqué Jalna pour installer sa maîtresse au pied du domaine? Oui car si ça n'était pas encore sa maîtresse quand il dit à Alayne qu'elle exagère, Clara va le devenir très vite après. C'est vrai que je trouve Renny et Alayne assez mal assortis, mais il pourrait se tenir un peu ! Enfin ça colle avec le personnage, sa première conquête c'était la tante maternelle de Pheasant, contre l'avis général, il la voulait, il l'a eue. Ensuite Chris, mariée, fille d'écurie, ça choquait un peu aussi mais il aurait fait n'importe quoi pour elle. Et Alayne, c'était carrément la femme de son frère. Renny est aveuglé par l'amour, ce ne sera pas la première fois. Et je ne vous ai pas parlé de la petite Adeline, car Renny et Alayne ont une fille qui est le portrait de son père et exaspère sa mère. Elle ne dort pas de la nuit et n'obéit qu'à son père et elle a deux ans et demi. Ca promet. Alayne s'arrache les cheveux.

Donc voilà où nous en sommes, Jalna hypothéquée, Alayne trompée, Wakefield amoureux d'une Pauline qui fait un peu semblant, Finch fiancé à Sarah (à qui on ne fait pas trop confiance)... Suite au prochaine épisode !

Et pour les questions de continuité, je ne comprends toujours pas où était la chambre de tante Augusta, mais bon maintenant elle est morte alors... Et Je crois que l'arbre généalogique s'est planté, Eden n'est pas mort en 1932 mais en 33, car le livre commence à l'été 1932 (cf les âges de tout le monde mentionnés par l'auteur) et Eden meurt en mars de l'année suivante. Voilà.

 

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22 juin 2019

Philippe Besson - Dîner à Montréal

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Philippe Besson signe un nouveau roman très attendu sobrement baptisé Dîner à Montréal. L’auteur raconte ici l’histoire de retrouvailles entre deux amoureux réunis par hasard, dix-huit années après leur rupture, à l’occasion d’un dîner entre couples. Ils s’étaient séparés sans vraiment s’expliquer. Ont-ils vraiment changé ? Comme à son habitude, Besson maîtrise l’art du non-dit et des détails qui en disent long. Les mécanismes de l’amour sont mis ici à rude épreuve… Un bon livre à dévorer durant l’été.


Et voilà, l'appel de Besson et de ses histoires, j'ai encore été happée. J'étais pourtant en pleine lecture d'un autre livre, mais je n'ai pas pu m'en empêcher, j'ai dévoré en une soirée ce troisième volet autobiographique, qui fait suite, dix-huit ans après, à "Un certain Paul Darrigrand".

Comment écrit-on un livre entier, de près de 200 pages, à propos d'un seul dîner ? Eh bien on le peut lorsque ce n'est pas n'importe quel dîner, lorsqu'il est nécessaire de décrypter chaque regard, chaque intonation. Et pourtant ça reste fluide, dynamique même. Il est préférable d'avoir lu avant "Un certain Paul Darrigrand" pour saisir toutes les subtilités, et l'émotion, le malaise parfois, des retrouvailles. Que se passe-t-il lorsque dix-huit ans après une rupture douloureuse, mettant fin à un triangle amoureux, le trio se retrouve le temps de quelques heures, avec un quatrième larron, qui pourrait être la cinquième roue du carrosse ? Eh bien il y a quelques faux-semblants, un peu d'hypocrisie évidemment, mais beaucoup de cartes sur tables finalement, et une belle occasion de répondre à des interrogations irrésolues. On a le sentiment en tournant la dernière page, que l'histoire a bel et bien eu son point final. Et que, comme dirait une certaine JK Rowling "All was well".

Les personnages les plus importants sont bien sûr Paul et Phlippe, et pourtant Isabelle et Antoine sont tout-à-fait touchants de leur côté. Isabelle d'abord, la femme trompée, mais celle qui a "gagné", avec qui Paul a fait sa vie. On la voit sous l'oeil un peu jaloux de Philippe, et pourtant on lui reconnaît des qualités. Si elle affiche un air un peu victorieux en parlant de leur vie tranquille et heureuse, elle a aussi eu le mérite d'accepter ce dîner, et la délicatesse de laisser plusieurs fois Paul et Philippe en tête-à-tête, en sortant fumer avec Antoine. Sa position est loin d'être facile, et je trouve qu'elle fait au mieux avec ce qu'elle a, et fait preuve d'empathie. Antoine, de son côté, est nouveau dans cette histoire, il n'a pas de griefs, pas d'historique avec les autres, il n'est même dans la vie de Philippe que depuis 3 mois. Et pourtant il prend un malin plaisir à mettre les pieds dans le plat, à amener les sujets qui pourraient fâcher sur la table, il prend ensuite l'initiative de laisser les deux anciens amants seuls à plusieurs reprises. Il sent qu'il y a baleine sous caillou, qu'il y a des choses à régler, des points à éclaircir entre les deux autres hommes, et que c'est essentiel pour que Philippe avance. Antoine est drôle et spontané, il rafraîchit l'ambiance. Paul, maintenant, n'a pas peur d'aborder des sujets douloureux devant sa femme, je pense que ce qui les unit depuis vingt ans est assez fort pour permettre d'évoquer des blessures anciennes, sans mettre leur couple à mal. Isabelle n'est pas toujours très à l'aise quand son mari met ses émotions à nu en public, mais elle gère. Ils pourraient, après tout, ne parler que du présent, de ce qu'ils sont devenus, de banalités, de Montréal... Mais il est évident que Paul a envie de creuser plus loin, de s'excuser, de comprendre, d'expliquer, à demi-mots parfois, puis plus ouvertement. Philippe ici se laisse conduire, il répond aux questions qu'on lui pose et va où on l'emmène, il n'aurait pas ramené de lui-même les vieux démons. L'intimité revient très vite, dans les regards, dans les souvenirs, sous les yeux d'Isabelle et Antoine, qui préfèrent alors leur laisser du temps rien que tous les deux. Et c'est tout à leur honneur. Ca va permettre à Paul et Philippe d'entrer très vite dans le vif du sujet, de découvrir les cicatrices sans laisser le temps de les apprivoiser doucement. Du temps ils n'en ont guère, Isabelle et Antoine vont revenir. Il faut mettre des mots sur les anciennes souffrance, expliquer, demander, mettre enfin les choses à plat. Comme d'habitude c'est merveilleusement écrit, tout en sobriété, sans décorum. Ca va à l'essentiel de la meilleure des manières, avec des mots parfaitement choisis.

Maintenant, je me demande si le prochain livre ne racontera pas l'histoire vécue avec le "jeune homme roux". Je l'espère !

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26 mai 2019

Philippe Besson - Un certain Paul Darrigrand

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Cette année-là, j'avais vingt-deux ans et j'allais, au même moment, rencontrer l'insaisissable Paul Darrigrand et flirter dangereusement avec la mort, sans que ces deux événements aient de rapport entre eux. D'un côté, le plaisir et l'insouciance ; de l'autre, la souffrance et l'inquiétude. Le corps qui exulte et le corps meurtri. Aujourd'hui, je me demande si, au fond, tout n'était pas lié.


 

Après "Arrête avec tes mensonges", j'ai enchaîné sur le deuxième livre autobiographique de Philippe Besson. On peut donc quelque part considérer que c'est le tome 2 qui se passe quatre ou cinq ans après le premier. L'auteur vient faire ses études à Bordeaux et tombe littéralement sur un étrange jeune homme, ce fameux Paul Darrigrand. Un garçon qui va d'emblée se montrer intéressé par Philippe, avant de lui dévoiler qu'il est marié et lui présenter sa femme. Encore une fois, c'est l'histoire d'un amour qu'il faut vivre cachés. Paul est un personnage tout en ambiguïtés, il flirte ouvertement avec Philippe puis recule, il va jusqu'à lui présenter sa femme. Il faudra un enchaînement de circonstances qui forcent presque les deux hommes à évacuer la frustration de mois entiers de sentiments refoulés. Paul est amoureux de sa femme, mais il l'est également de Philippe, et ça va le forcer à mener une vie double. De son côté Philippe aussi mène une vie double entre la fac et l'hôpital. On lui a découvert une maladie du sang qui l'oblige à passer toutes ses nuits à l'hôpital avant de partir en cours la journée. Il y a la peur du sida qui est vite écartée, mais qui permet de parler du drame qu'à été cette maladie pour ceux qui étaient jeunes à la fin des années 80. Philippe Besson explique en interview qu'il avait l'impression que des sniper se tenaient en haut d'une colline et prenaient au hasard ses amis les uns après les autres. Aujourd'hui on a un peu oublié ce que c'était à cette époque.

En lisant ces deux derniers livres, j'ai eu l'impression de lire une explication de texte de "Son frère" et sûrement de plein d'autres Besson que je n'ai pas (encore) lus. On y retrouve la fameuse île de Ré, celle où Thomas et Lucas ont passé leur enfance, celle où Thomas veut mourir. On y retrouve cette maladie du sang, la thrombopénie par rétention splénique dont souffre Thomas. Finalement c'est à travers les yeux du frère du malade que Philippe Besson va d'abord raconter cette histoire, cette maladie qui a failli l'emporter à 23 ans. Et aujourd'hui il nous raconte les coulisses, ce qui lui est vraiment arrivé sans masques.

J'ai lu "Un certain Paul Darrigrand" en quelques heures, on veut savoir comment ça va se passer. Pas tellement la maladie puisqu'on sait que l'auteur est toujours là pour nous le raconter trente ans après, mais on veut savoir ce qu'il va se passer avec Paul. Comment ça va se terminer ? Puisqu'on sait que ça va se terminer. Qui va quitter qui, et pourquoi ? Car l'équilibre semble presque trouvé, Paul balance entre sa femme et son amant, et l'amant n'en demande pas tellement plus, tout occupé qu'il est à se faire soigner. Eh bien, je vous laisse découvrir par vous-même si vous le voulez, ce que va devenir le certain Paul.

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22 mai 2019

Philippe Besson - Arrête avec tes mensonges

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Quand j'étais enfant, ma mère ne cessait de me répéter : " Arrête avec tes mensonges. " J'inventais si bien les histoires, paraît-il, qu'elle ne savait plus démêler le vrai du faux. J'ai fini par en faire un métier, je suis devenu romancier.
Aujourd'hui, voilà que j'obéis enfin à ma mère : je dis la vérité. Pour la première fois. Dans ce livre.
Autant prévenir d'emblée : pas de règlement de comptes, pas de violence, pas de névrose familiale.
Mais un amour, quand même.
Un amour immense et tenu secret.
Qui a fini par me rattraper


 

 

J’ai lu Philippe Besson il y a des années, j’avais eu un véritable coup de foudre pour « Son frère » et « Les jours fragiles », et puis pour une raison obscure je me suis arrêtée là. Pour une raison obscure, car j’aime toujours autant l’écriture de Philippe Besson, c’est comme une redécouverte. Comme un ami dont j'ai omis de prendre nouvelle. Je ne sais pas pourquoi les deux seuls livres que j'avais lu de lui sont ceux sur la mort du frère, alors qu'il en a écrit des dizaines d'autres qui ne parlent pas de ça. J'ai acheté "Son frère" sur un coup de coeur, et je l'ai terminé dans les heures qui suivaient. Il y a écrit ce passage magnifique "J'ignorais qu'on pouvait mourir en été. Je croyais que la mort survenait toujours en hiver, qu'il lui fallait le froid, la grisaille, une sorte de désolation", c'est la première page du livre. Pourquoi je me rappelle de ça ? Parce que je sais précisément quand j'ai lu ce livre, où, et vers quelle heure. C'était en mai 2003, j'étais assise au bureau de ma chambre d'enfant, avec mes cours de médecine devant le nez, et j'ai passé l'après-midi à ne pas les réviser, mais à lire porte fermée, subjuguée par ce livre. Et quand j'ai lu ça, j'ai pensé à mes grands-parents et mon oncle, enterrés dans la grisaille de novembre. Trois mois après, j'ai enterré ma grand-mère sous la canicule, et ça m'est revenu en plein visage, je ne savais pas qu'on pouvait mourir en été. En juillet dernier encore, lorsque j'ai enterré mon père sous la canicule, cette phrase tournait en boucle. Tout ça pour dire que je ne sais pas pourquoi j'ai cessé de lire Philippe Besson, puisque les quelques écrits que j'ai lu de lui m'accompagnent depuis plus de quinze ans.

Alors que tout ses romans précédents étaient purement fictif, celui-ci se dit autobiographique. J’écris « se dit » car il dit tellement qu’il passe sa vie à inventer des histoires, qu’on se demande si certaines coïncidences ne viennent pas directement de l’imagination de l’auteur. Le style est concis, mais les mots vont droit au but, et l’émotion est au rendez-vous, c’est parfois cru et brutal, mais toujours très juste. J’aime l’écriture, le choix des mots, ainsi que la taille des livres, ils ne sont guère épais et se lisent en quelques heures. Quelques heures de suite de préférence car on n’a jamais très envie de lâcher le livre. 

"Arrête avec tes mensonges" comporte trois partie bien distinctes. Il raconte L’histoire du premier amour, et du premier chagrin d’amour. La timidité et la maladresse qu’on a à dix-sept ans, les doutes aussi. Et il le dit tellement bien qu’on s’y retrouve tous je crois, dans cette période un peu lointaine. Il raconte cette aventure brève de quelques mois, et comment elle résonnera encore de façon un peu inattendue trente ans après, ressurgira dans la vie de Philippe Besson. C'est l'histoire d'un amour passionnel et secret. L'un est amoureux du jeune homme solaire, qui fait craquer les filles du lycée, qui semble tellement inaccessible pour quelqu'un d'aussi banal que lui. L'autre, Thomas, est amoureux du jeune homme dont il sait qu'il a une destinée particulière, il n'est pas comme tout le monde, il voit ce qu'il n'est pas encore. Philippe se croit sans grand intérêt, à part pour cette petite particularité, son orientation sexuelle qu'il ne cache pas mais lui vaut des moqueries. Thomas lui, sait qu'il aime les garçons, mais ne veut pas que ça se sache. C'est donc le début de rendez-vous secrets et de nombreuses question comme : est-ce de l'amour, ou est-ce juste parce que je suis là et homosexuel que Thomas vient vers moi ? 

Ce qui suit va spoiler les deux dernières parties. J’ai beaucoup aimé la sobriété de la rencontre avec le fils Lucas, ce qu’il devine de la vie de son père et l’intérêt qu’il porte à cet homme qui, il le sent confusément, connaît mieux son père que lui ne le connaîtra jamais. J’ai un instant regretté que Philippe et Thomas ne se retrouvent pas, tout en comprenant que ça ne devait pas se produire. Et pourtant sans ses retrouvailles, la fin du livre est parfaite. Tellement parfaite qu’on se demande si cette lettre était vraiment là. Mais elle apporte une réponse claire et sans appel "Evidemment, c'était de l'amour". Ayant lu « Son frère » un certain nombre de fois, j’ai tout de suite reconnu le nom de Thomas Andrieu, la coïncidence du prénom de son fils Lucas me fait un peu douter. Mais peu importe au final, si l’histoire dans son intégralité est arrivée ainsi ou si elle a été enjôlivée. Elle est belle ainsi et on ne voudrait pas qu’elle fut différente. J’ai été touchée par l’insécurité du jeune Philippe, par ses doutes, par l’émotion de l’adulte ensuite, et par le peu de mots du jeune Thomas, par sa mélancolie aussi, et par la souffrance de l’adulte. Philippe a su sortir de sa chrysalide, il est devenu celui qui Thomas pressentait. Thomas au contraire n'a jamais pu sortir de sa coquille, jamais su trouver le passage qui le sortirait de lui-même. C'est tragique, et c'est un magnifique geste d'écrire cette histoire, comme si Philippe avait à postériori enfin libéré Thomas.

Le début de ce livre m’a rappelé un livre jeunesse que j’affectionne beaucoup et qui s’appelle « Tous les garçons et les filles » de Jérôme Lambert. Il parle de la découverte de son homosexualité chez un jeune adolescent et la naissance de sentiments amoureux pour son meilleur ami. Quelque part « Arrête avec tes mensonges » pourrait en être la suite. C'est un livre qui bouleverse, et qu'on a envie d'offrir à tous ses proches. J’enchaine sur le deuxième livre autobiographique de Philippe Besson.

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25 avril 2019

Mazo de la Roche - Finch Whiteoak

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Devenu majeur, Finch Whiteoak peut librement disposer de la fortune que lui a laissée la grand-mère Gran. Mais sa rencontre avec une lointaine cousine irlandaise, Sarah Court, va soudain jeter une ombre nostalgique sur sa vie et sur le domaine de Jalna.


 

Me voilà de retour avec le tome 9/16 des Jalna. Cette lecture m'aura prise presque un an et aura été beaucoup entrecoupée. Il s'agit probablement avec "La naissance de Jalna" du tome que j'avais le moins aimé lors de mes premières lectures (vers l'âge de douze ans, alors plus de vingt ans après, j'aurais pu y trouver un nouvel attrait). Il y a même des passages entiers dont je n'avais absolument aucun souvenir, probable que j'avais lu pas mal de scènes qui se passent en Angleterre en diagonale. Alors est-ce que j'ai aimé relire ce tome 9 vingt ans après ? Mieux que la première fois c'est certain, mais je pense que son principal problème, qui m'a fait décroché plusieurs fois de cette lecture c'est sa construction.

Le livre commence le jour des 21 ans de Finch (sa majorité donc) et se clôt le jour de ses 22 ans. Entre les deux, ce n'est pas linéaire. Finch devient un homme indépendant, il hérite d'une fortune et décide d'abandonner l'université et d'aller découvrir l'Europe. Renny n'approuve pas mais n'a guère voix au chapitre et se ferme, Finch recherche l'affection de son frère et se sent abandonné. Il ne sait guère quoi faire de cet argent qui lui brûle les doigts, alors il en dilapide près de la moitié en faisant des cadeaux à la famille, une nouvelle voiture et une belle porcherie pour Jalna, racheter l'hypothèque de Vaughanland, emmener les deux vieux oncles en Angleterre... Et Finch ne se sentira probablement libéré que lorsque tout cet argent aura presque disparu. J'ai beaucoup aimé la scène où Finch va chercher Renny jusqu'à la ferme aux renards pour lui dire au revoir, il croit que son frère se fiche de lui faire ses adieux alors qu'au contraire Renny préfère les éviter car ils sont trop difficiles. Puis suit le long voyage en Angleterre, pendant des chapitres nous lisons les 6 mois de Finch et des oncles chez Augusta, avant de revenir en arrière et d'apprendre ce qu'il s'est passé à Jalna pendant ce temps. Alors moi j'ai trouvé ça trop long, j'aime bien Finch, mais sa vie à Lyming Hall chez Augusta ne m'intéressait pas assez pour me tenir pendant 10 chapitres. Donc on suit Finch de près, en même temps le titre du roman l'annonce. En fait de voyage en Europe, Finch ne quittera pas l'Angleterre et restera presque exclusivement chez Tanta Augusta. Alors c'est plutôt agréable de retrouver Augusta, un personnage très secondaire désormais, auquel je m'étais beaucoup attachée dans "Matins à Jalna". On a un aperçu de ce qu'à dû être la vie de Nicolas et Ernest en Angleterre pendant leur jeunesses, au fil de leurs conversations. C'est quelque chose que j'aurais aimé lire, la vie des jeunes adultes qu'ils ont été. j'ai été assez suprise de faire brièvement la connaissance de Millicent, l'ex-femme de Nicolas, mentionnée à de rares reprises, un aperçu d'une tranche de vie des Whiteoak qui n'a jamais été racontée. Donc Nicolas croise Millicent, et le temps de quelques pages, on imagine le jeune homme qu'il a été. On retrouve Eden et Minnie également, et ça évidemment, ça m'a beaucoup plu, vous le savez j'aime Eden ! Ils ont parcouru l'europe (pour de vrai eux !) et se retrouvent sans le sou, à squatter la loge à l'entrée de la propriété de la tante. Ca ne plaît pas trop à Augusta de voir ces deux jeunes gens qui vivent dans le pêché sur le pas de sa porte, alors elle ne les invite pas à manger dans sa maison, mais n'ose pas les mettre dehors pour autant. Eden vit aux crochets de tout le monde, il "emprunte" de l'argent à Augusta, à Renny et à Finch, et il écrit un nouveau poème qui sera publié. On a de jolies scènes entre Finch et Eden, les deux frères artistes qui ont trop d'écart pour avoir réellement grandi ensemble, c'était Piers qui aurait pu faire le lien mais il n'a jamais compris ni l'un, ni l'autre. Eden a ce regard plutôt juste sur sa famille, il les aime mais a besoin de s'en tenir loin pour le moment. Il n'a cependant aucun scrupule à leur demander une aide financière, après tout il est le seul avec Meg à ne pas être nourri et blanchi à Jalna par Renny sans jamais participer aux frais de la maison. Coucou Nicolas, Ernest et Piers... Eden, lui, a le mérite d'être honnête à ce propos. Puis s'ensuivent de longs chapitres sur Finch qui tourne en rond, il s'amourache de Sarah Court, une cousine éloignée, une petite-fille d'un des nombreux frères de la vieille Adeline. Sarah est froide, parle peu et joue du violon, pour ma part je l'ai toujours trouvée tout à fait antipathique, mais Finch tombe dans ses filets et souffre lorsqu'elle épouse Arthur Leigh, le vieil ami de Finch. Quant  ils partent à trois en voyage de noces c'est assez gênant. J'ai toujours trouvé Arthur attachant et je crois qu'il est secrètement amoureux de Finch, ces deux-là auraient été bien mieux assortis ! Puis Finch se lie d'amitié avec un petit jardinier qui va se suicider. Bref Finch est complètement déprimé. 

Pendant ce temps, à Jalna la maison est bien vide. Il reste Renny et Alayne qui passent leur temps à se disputer, Wakefield qui  a désormais 14 ans (on dit 13 dans le récit, mais Mazo a encore oublié de relire ses notes je crois, il a clairement eu 14 ans en juin suivant les 21 ans de Finch) observe tout et s'essaie à l'écriture de poèmes, au grand damne de Renny. Alayne ne supporte plus de n'avoir jamais Renny pour elle, de le voir sans cesse si attentionné après Wake, de ses vêtements qui sentent l'écurie, des chiens qui salissent tout, des domestiques qui ne sont pas à la hauteur... Bref Alayne est détestable dans ce volume, rien de tout cela n'est une surprise, elle a épousé Renny (oui, c'est officiel, ils se sont mariés entre les tomes 8 et 9) en toute connaissance de cause. Il reste également Piers, Pheasant, leur petit Mooey et un nouveau petit Whiteoak in-utéro. Piers et Pheasant en couple solide et complice, regardent et commentent le naufrage du mariage de Renny pendant qu'Alayne met une ambiance désagréable dans la maison. Et que Renny semble ne rien voir et se cache dans ses écuries. Wake est un jeune garçon qui regarde tout ça avec une haute image de lui-même, tout à fait désagréable aussi. Et pourtant, que j'ai été contente de les retrouver tous à Jalna après tous ces chapitres en Angleterre ! Alayne finit par s'en aller plusieurs mois et réaliser qu'elle a été injuste avec Renny, j'aime bien ce retournement de situation, ça colle plus avec l'Alayne amoureuse de Renny que nous avons appris à connaître. Meg de son côté a des problèmes de santé et d'argent, elle se fait opérer et emménage avec mari et enfant à Jalna pour sa convalescence, ayant installés des locataires à Vaughland. Et on se permet de nous laisser penser que c'est Eden le pique-assiette, il ne l'est pas plus que les autres au final. Il ne se passe rien de particulier pour Piers dans ce livre, mis à part qu'il va avoir un deuxième fils qu'il appelera Finch, si ce n'est pas un bel hommage au petit frère qu'il a asticoté toute son enfance ! C'est, je crois, le début d'une complicité entre Piers et Finch très inattendue. J'ai toujours aimé Piers, qui est à l'opposé d'Eden. Il est parfois buté et injuste, mais il a aussi ce calme de son père et il est solide comme un roc. Sa relation avec sa femme est toujours aussi jolie dans ce livre, et il fait même preuve de compassion envers Alayne qu'il n'aime pourtant pas. J'ai aimé cette scène où ils se retrouvent tous deux à dîner en tête-à-tête car Pheasant est malade et Renny boude, où Piers fait ce qu'il peut pour changer les idées de sa belle-soeur, c'est probablement la première fois qu'ils se retrouvent en duo ces deux-là et çe ne fonctionne pas si mal. Ah oui, et puis comme d'habitude, on demande un oscar pour la scène de fin du livre où toute la famille s'en prend à Renny pour la façon dont il n'a pas géré l'héritage de Finch. Les deux tiers en sont partis en fumée, Finch est content, il va pouvoir l'oublier et se servir du reste pour étudier son piano. Renny encaisse les récriminations et part se coucher dans le lit de Gran, leur rappelant à tous qu'il est un peu sa réincarnation et qu'on arrête de l'ennuyer !

Je pourrais également vous parler des Lebraux, mais ça viendra probablement dans le livre suivant. Sachez que Renny s'est rapproché d'une femme Clara Lebraux, veuve depuis peu et qui élève des renards. Il est tout le temps fourré chez elle pour l'aider avec des bricoles à la maison, ce qui ne plaît pas tellement à Alayne et alimente les commérages du village. Clara a une fille, Pauline, amie avec Finch et Wake. Suite au prochain épisode.

Concernant la continuité, cette fois c'est l'agancement de la maison qui me pose question. Mais où diable dort Tante Augusta quand elle vient ? Au rez-de-chaussée il y a l'ancienne chambre d'Adeline, dans laquelle personne n'a jamais dormi depuis, enfin à part Renny une fois. Au premier il y a la chambre de Nicolas, celle d'Ernest, celle de Renny (et Wake), celle d'Alayne (qui fut celle de Meg) et celle de Piers et Pheasant (qui fut celle de Mary Wakefield). Au grenier il y a à priori : la chambre de Finch et l'ancienne chambre d'Eden, et la nursery où dort probablement Mooey. Est-ce que Wake a une chambre attribuée ou est-ce juste celle de Renny ? Lorsque Meg et Maurice viennent s'incruster, Maurice prend la chambre de Nick et Meg celle d'Alayne, mais quand ils reviennent Maurice monte probablement dans celle de Finch. Quand Alayne revient à son tour, elle va également dormir dans celle de Finch ? J'imagine donc que Maurice a emménagé dans celle d'Eden. Je ne vois pas tellement Tante Augusta dormir au grenier et le 1er n'est pas extensible, je pense donc que l'auteur n'a pas tellement bien défini le nombre de couchages de la maison. Mais moi je suis un poil tatillone, surtout que je vais visiter dans quelques mois la maison qui a inspiré Jalna "Benares House" et qu'elle est à peu près deux fois plus petite que ce que j'imaginais !

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Fred Vargas - Sans feu ni lieu

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- C'est un crétin ou quoi, ce type ? Louis Kehlweiler s'énerve.

Cette histoire ne tient pas debout ! Il ne fait de doute pour personne que Clément Vauquer est bel et bien coupable des deux meurtres dont on l'accuse. En outre, la police possède son signalement, il ne restera pas longtemps en cavale. Oui, mais Clément, l'accordéoniste demeuré, est un protégé de la vieille Marthe... Cela suffit pour que Kehlweiler demande à Marc, Lucien et Mathias de cacher le fugitif quelques jours. Personne n'ira le chercher dans la baraque pourrie qu'ils habitent, au fin fond du 18e arrondissement.

Le temps d'aller à Nevers, là où tout a commencé...


 

Après "Un peu plus loin sur la droite", on retrouve Louis Kehlweiler, Marthe et nos quatre préférés de la barraque pourrie. Et on est loin d'être déçus !

Cette enquête est sûrement plus rythmée que les deux précédentes réunies. On nous y plonge la tête la première dès le premier chapitre et ça change clairement de l'opus précédent qui mettait une plombe à démarrer. C'est sûr que cette fois il n'y a plus tellement besoin de planter le décor et camper les personnages. Mais j'ai amplement préféré ce livre à "Un peu plus loin sur la droite". Kehlweiler se retrouve malgré lui, et par amitié pour Marthe, mouillé jusqu'au cou dans une affaire de meurtre. Alors quitte à être mouillé, il entraîne Marc, Lucien, Mathias et le vieux Vandoosler avec lui, c'est plus drôle ! Clément est le simplet du village qui est accusé du meurtre de deux femmes, tout l'accable. Et pourtant Marthe, qui lui a jadis appris à lire, le croit innocent et refuse de le livrer aux flics. Il s'agit donc de planquer Clément dans la baraque pourrie et de mener une contre-enquête sans trop se faire repérer. La planque, ce sont les évangélistes qui s'en occupent, ils montent des tours de garde devant la chambre de Clément. Dans la maison la vie en est à peine perturbée, le vieux Vandoosler prend quelques tours de garde entre ses heures passées attablé au café du coin. Mathias apprend à Clément à recoller des silex à la cave. Lucien semble prendre l'affaire moyennement au sérieux, jusqu'à ce qu'il trouve un indice essentiel et que cette fois, ce soit Kehlweiler qui décide de ne pas le prendre au sérieux. On découvre un peu plus Lucien qui était assez absent de l'enquête précédente, pour une fois il fait autre chose que de cirer la table en bois, c'est bien ! Et Marc, entre deux ménages et repassages chez Mme Toussaint, accompagne toujours Louis dans ses pérégrinations, il lui sert de jambe droite. Il a toujours ce côté caustique qui me plaît bien. Louis est tourmenté, d'habitude il est calme devant la nervosité de Marc, et là les rôles ont plutôt tendance à s'inverser. C'est que ça l'embête cette affaire Louis ! Il ne demande que ça de croire Marthe, quand elle dit que le petit n'est pas coupable, mais ça va à l'encontre du bon sens ! Et si à cause de lui une troisième femme se faisait étrangler ? Non Louis n'est pas tranquille, alors il questionne, il cherche, il roule de Paris à Nevers, de Nevers à Paris, il remue le passé. Les scènes d'interrogatoire de Clément sont savoureuses. Clément se débat avec des mots qu'il ne sait pas bien comment aligner, Kehlweiler s'agace, Clément se ferme, humilié, Marc s'interpose. C'est un vrai talent de savoir écrire tout ça, et de faire vivre ces personnages en quelques trois cent pages, de les esquisser seulement, mais juste suffisament pour qu'on puisse les saisir.

Il y a une dizaine d'années, quand j'avais découvert les Vargas, dans la trilogie des "Evangélistes" j'avais eu un gros coup de coeur pour "Debout les morts", je crois qu'aujourd'hui c'est "Sans feu ni lieu" que je préfère, même s'il ne serait pas aussi savoureux sans avoir lu l'autre préalablement. Adamsberg et ses compagnons ont le chance d'avoir eu 9 volumes pour s'étayer, bribes après bribes on a appris l'histoire de Jean-Baptiste, son frère Raphaël, ses fantômes de trident, son histoire tumultueuse avec sa "petite chérie". Celle de Danglard et de ses 5 enfants, dont le dernier n'est pas de lui, de ses bouteilles, de son oncle à qui il manquait une chaussure, du mari de sa soeur. Et puis Retancourt, "la boule", Veyrenc et sa mèche rousse, sa soeur et Zerk... Et tant d'autres ! Ici on n'a que deux volumes pour s'attacher à Kehlweiler et trois pour les quatre de la baraque pourrie, mais c'est déjà pas mal, même si on ne sait au final presque rien de leur background, c'est comme toujours distillé avec parcimonie.

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22 avril 2019

Fred Vargas - Un peu plus loin sur la droite

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En planque sous les fenêtres de l'appartement du neveu d'un député, place de la Contrescarpe, Kehlweiler avise soudain une drôle de chose sur la grille d'un arbre. Un petit déchet blanchâtre au milieu d'excréments canins. Pas de doute, c'est un os. Et même un os humain... Naturellement, lorsque Kehlweiler apporte sa trouvaille au commissariat du 5e arrondissement, les flics lui rient au nez. Mais ce petit bout d'os l'obsède tellement qu'il abandonne ses filatures parisiennes et suit une piste jusqu'à Port-Nicolas, un village perdu au bout de la Bretagne.

Là vit un pit-bull. Une sale bête, qui avalerait n'importe quoi. Y compris un bout de cadavre. Reste à trouver le cadavre. Et l'assassin...

 


 

J'ai eu envie de relire les premiers Fred Vargas, ceux que j'ai découverts avant Adamsberg. Alors ne vous méprennez pas, j'adore Jean-Baptiste Adamsberg, mais j'ai tout de même une tendresse particulière pour les évangélistes ! J'ai commencé par Debout les morts, et j'ai enchaîné sur celui-ci.

On découvre Louis Kehlweiler, un ancien flic révoqué qui passe son temps à surveiller. Il surveille Paris depuis ses bancs stratégiques, aidé de Vincent le journaliste et de Marthe la prostituée retraitée. Et puis il surveille aussi le reste de la France grâce à Marc Vandoosler, qui trie pour lui les faits divers des journaux, les découpe et les classe. Qu'est-ce qu'il surveille Kehlweiler ? On ne sait pas trop, il attend sûrement la fiente de pigeon comme dirait Marc. Finalement ce n'est pas d'un pigeon mais d'un chien que l'affaire arrive. Louis sait qu'il tient quelque chose, reste à convaincre les flics qu'il tient un meurtre, enfin un bout d'os humain digéré par l'estomac d'un chien... Pas de corps, pas de disparition signalée, l'affaire n'est pas dans le sac ! L'enquête en elle-même met un temps fou à démarrer, j'ai eu l'impression qu'on entrait franchement dedans qu'aux deux tiers du livre. Mais ce n'est pas très grave, parce que pendant les deux premiers tiers, on a fait connaissance. Avec Louis, vieux ronchon, flic sûrement un peu ripou mais bien affûté qui a encore une belle réputation dans le milieu, qui ne se lève pas avant onze heures du mat' et va boire des bières sur les bancs publics et causer avec la vieille Marthe. Un Louis au passé un peu intrigant, fils d'un allemand et d'une française, né en 1945, boîteux depuis un incendie. Quelle est son histoire familiale ? Qu'est-ce qu'il a fait pour être congédié de la police ? On aura une partie des réponses dans ce roman. Il y a aussi Marthe, la vieille prostituée qui s'y connaît en hommes, et en femmes, avec un bagou comme on imagine. Et puis, surtout, on retrouve Marc et Mathias, qui sont toujours un peu dans la merde. Marc bosse pour Louis et se retrouve embarqué un peu malgré lui, mais pas complètement, dans l'affaire de l'os digéré. Il se trouve que Louis a besoin de soldats avec deux jambes valides ! Marc resterait bien là, à travailler sur les comptes d'un seigneur du Moyen-âge, mais ça l'intrigue, et il ne veut pas laisser le vieux tout seul, alors les voilà partis pour la Bretagne. Rejoints par Mathias qui lui aussi est fidèle au poste quand on a besoin de lui, et sans ses instincts de chasseur-cueilleur, pas dit qu'on aurait résolu cette affaire !

Sûrement pas la meilleure enquête de Vargas, mais encore un beau panel de personnages un peu bougons, qui se complètent à merveille. J'aimerais bien retrouver les évangelistes dans un de ses prochains romans...

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27 août 2018

Claude Michelet - Des grives aux loups

 

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Saint-Libéral, petit village de Corrèze, début du XXe siècle. Dans la neige crissent trois paires de sabots. Les enfants relèvent les collets. Sept grives ! C'est un beau butin. Qu'à l'approche des loups il faudra leur abandonner… Ce qu'il faut laisser derrière soi, déjà, pour survivre ! Plus tard, faute de grives, ils sacrifieront les coutumes d'antan, un savoir-faire dépassé, un père, une mère, une terre. Nous sommes en 1899 et les loups ont passé les Vosges… 


J'ai relu il y a peu de temps ce livre que j'avais beaucoup aimé adolescente, et je n'ai pas  été déçue de le redécouvrir.

1899, le nouveau siècle arrive et nous nous attachons pour le vivre avec eux, à la famille Vialhe. Le premier tome parcoure vingt ans, et les suivants nous amèneront jusqu'aux années 80 si je me rappelle bien. Quand s'ouvre le livre, la famille se compose de 7 personnes vivant dans une petite ferme (2 ou 3 pièces dans la maison) au coeur d'un petit village animé de Corrèze. Il y a Edouard, le grand-père qui vient de laisser, un peu à contre-coeur, les rênes à son fils, et Léonie la grand-mère qui prend soin de ses petits-enfants. Ils ont à peine 60 ou 70 ans, mais quand on a passé sa vie dehors à travailler la terre on en paraît bien plus. Puis vient le père Jean-Edouard, qui mène sa ferme, ses bêtes et ses enfants avec poigne, et sa femme Marguerite qui l'aide avec les animaux et tient la maisonnée. Enfin viennent les trois enfants, que l'on suivra pendant un bon petit bout de chemin au travers des différents tomes (4  au total). Pierre-Edouard est l'aîné, il a dix ou onze ans et court les champs, quand il ne va pas à l'école, avec son meilleur ami Léon, fils d'un métayer que Jean-Edouard mésestime au plus haut point. Louise a tout juste un an de moins que son frère et le suit dans ses aventures quand elle est acceptée. Puis la petite Berthe un peu plus jeune, dans les jupes de sa grand-mère. Si c'est princicpalement Pierre-Edouard qui va être le héros du roman, les autres ne sont pas en reste, chacun aura plus ou moins son heure de gloire, tout comme le reste du village. On s'attache par exemple parfois aux pas du bon vieux docteur qui soigne et comprend les gens de la commune, ou à ceux du curé qui va assister impuissant à la séparation de l'église et de l'état. C'est en effet la grande Histoire qui va servir de cadre à toutes les petites histoires. Comment faire autrement quand on sait que le siècle qui s'ouvre sera marqué de deux guerres mondiales, de l'automatisation des fermes et de l'exode rural... Ce sont des années bien mouvementées qui attendent Jean-Edouard et ses enfants. 

Les changements de point de vue qui s'opèrent régulièrement permettent au lecteur de se faire sa propre idée sur chaque personnage. Certains sont initialement bien mal présentés, par le bourru et buté Jean-Edouard par exemple, puis adoucis par le regard d'un autre. Car c'est bien un village entier qui gravite autour des Vialhe, même si la plupart sont juste esquissés, à force de les croiser on s'en fait notre idée. Le gentil et pas revanchard pour un sou Jeantout, le bon châtelain un peu mou, la réputation mal gagnée des Dupeuch, le vieux docteur Fraysse qui tutoie les patientes qu'il accouche, le curé qui ne s'entend pas avec l'instituteur... Et au milieu de tout ça les Vialhe qui, à force de dur labeur et d'économies bien placées deviennent la plus grande ferme du coin. Jean-Edouard que l'on déteste parfois, mais que je me suis prise à aimer alors que l'âge le radoucissait. Pierre-Edouard, presque trop progressiste et ouvert pour son époque, droit dans ses bottes et bien peu racunier. Il est difficile de ne pas aimer Pierre-Edouard plein de douceur et de fermeté, il est le véritable héros de ce premier opus, qui commence lorsqu'il est encore enfant, le verra connaître révolte, déconvenues, 4 années de guerre, puis se refermera au coeur de l'âge adulte alors qu'il est enfin presque là où il le mérite. Louise menée par son coeur, Louise qui n'a pas peur de s'opposer aux volontés de son père malgré l'époque alors qu'elle n'est même pas majeure, Louise à qui rien ne sera épargné mais qui mènera sa vie dignement, sans déshonneur malgré les nombreux obstacles qui se dressent devant elle. Le premier scandale du roman c'est la petite Louise de seize ans qui l'amène, et pourtant même quand la terre tremble sous ses pieds, on la regarde tenir debout et on espère fort qu'elle obtiendra ce qu'elle voudra. Puis vient Berthe, la petite dernière. L'auteur a expliqué dans une interview qu'il n'avait pas bien su quoi faire de Berthe jusqu'à sa majorité. De fait, elle est la petite soeur discrète et muselée par le père, qui passe ses journées à s'occuper d'une grand-mère sénile et à ranger le foin dans l'étable en attendant une libération. Elle grandit un peu loin des deux autres qui ont déjà pris leur envol, seule, puis prendra à son tour sa destinée en main avec une force que personne ne lui soupçonnait. A côté des Vialhe, nous suivons de plus loin les Dupeuch, famille de métayer qui est arrivée récemment à Saint-Libéral lorsque s'ouvre l'histoire, et personne ne leur fait trop confiance. Léon, le fils aîné et meilleur ami (en secret) de Pierre-Edouard a quatre petites soeurs dont il va rapidemment se retrouver responsable. La famille est un peu en retrait du village, et si le drame qui les touche leur amène la compassion et l'aide de certains, d'autres les considèreront toujours comme des gens malhonnêtes un peu profiteurs. Il est vrai que Léon va se lancer dans un métier peu recommandable pour beaucoup mais tout à fait légal. Il restera toujours le confident et le soutien de Pierre-Edouard, le copain marrant mais sur qui on peut compter.

Je recommande ce livre à tous ceux qui aiment la campagne, on s'y voit courir les champs et respirer l'air frais avant l'arrivée de la pollution. Les habitants de Saint-Libéral connaissent une vie rude, la terre est exigeante, mais des bonheurs simples et entiers. Attention, cependant, que va devenir ce tout petit village alors que les jeunes partent de plus en plus pour les villes à la fin de la première guerre mondiale ? Début de réponse dans le tome 2 "Les palombes ne passeront plus"

 

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10 juin 2018

Marc Levy - La dernière des Stanfield

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Ma vie a changé un matin alors que j’ouvrais mon courrier. Une lettre anonyme m’apprenait que ma mère avait commis un crime trente-cinq ans plus tôt. L’auteur de cette lettre me donnait rendez-vous dans un bar de pêcheurs sur le port de Baltimore et m’ordonnait de ne parler de cette histoire à personne. J’avais enterré Maman à Londres au début du printemps ; l’été s’achevait et j’étais encore loin d’avoir fait mon deuil. Qu’auriez-vous fait à ma place ? Probablement la même erreur que moi. Eleanor-Rigby est journaliste au magazine National Geographic, elle vit à Londres. Un matin, en rentrant de voyage, elle reçoit une lettre anonyme lui apprenant que sa mère a eu un passé criminel. George-Harrison est ébéniste, il vit dans les Cantons-de-l’Est au Québec. Un matin, il reçoit une lettre anonyme accusant sa mère des mêmes faits. Eleanor-Rigby et George-Harrison ne se connaissent pas. L’auteur des lettres leur donne à chacun rendez-vous dans un bar de pêcheurs sur le port de Baltimore. Quel est le lien qui les unit ? Quel crime leurs mères ont-elles commis ? Qui est le corbeau et quelles sont ses intentions ? Au cœur d’un mystère qui hante trois générations, La Dernière des Stanfield nous entraîne de la France occupée à l’été 44, à Baltimore dans la liberté des années 80, jusqu’à Londres et Montréal de nos jours.


 

Ca faisait quelques années que je n'avais pas lu de livre de Marc Levy, je m'étais un peu lassée. Comme d'habitude on se laisse vite prendre au jeu, et son récit se lit tout seul. Ce n'est pas le roman de l'année mais ça tient tout à fait la route en tant que petit divertissement.

Le livre est plutôt chouette, cependant je n'ai pas trouvé les personnages très attachants, on reste énormément en surface en ce qui concerne Eleanor-Rigby, George-Harrison n'est guère qu'un faire-valoir de l'héroïne, j'ai presque préféré le frère et la soeur d'Eleanor-Rigby qu'on voit pas mal dans la première partie du roman mais qui passent au second plan ensuite. Pour ce qui se passe en 1980, le fait qu'on ne comprenne réellement la motivation de Sally-Anne qu'à la toute fin du livre rend l'identification difficile. J'ai également trouvé l'intrigue un peu trop lente à démarrer, on devine une bonne partie des mystères avant qu'ils ne nous soient dévoilés, et le twist de fin aurait presque mérité d'arriver plus tôt pour que l'on puisse l'explorer un peu. Malgré ces quelques petites remarques, ça reste une écriture fluide et agréable à lire. L'intrigue qui démarre plutôt lentement ne souffre pas pour autant de longueurs et le livre se lit rapidemment, on a hâte de savoir ce qu'ont fait Sally-Anne et May, laquelle est la mère d'Eleanor, ce qui l'a poussée à agir ainsi etc... Je crois que le personnage que j'ai préféré au final est May, elle est touchante jusqu'au bout, alors que Sally-Anne est un personnage très dur. Il est frustrant de voir que Michel et son père savent des bribes de ce qu'Eleanor cherche mais le lui cachent sans réelle raison que celle de faire durer le suspens, ce genre de procédé a tendance à m'agacer. La première partie fait surtout office de présentation, d'Eleanor et sa famille, et pose les bases des personnages de 1980, puisque des chapitres dans le passé sont incorporés au présent. L'action arrive en deuxième partie, et tout ce qui se passe à Baltimore est bien dosé, il s'agit enfin d'une vraie enquête sur le passé de la mère d'Eleanor. George-Harrison qui est l'accolyte d'Eleanor-Rigby à Baltimore est un personnage qui aurait gagné à être plus creusé et sa dynamique avec Eleanor est bien travaillée. En bref ce livre aurait pu être mieux géré avec des révélations plus étalées dans le roman, et aurait mérité de s'arrêter un peu plus sur la fin en nous montrant comment la famille se remet de ses révélations sur la mère et ses parents, mais l'histoire reste chouette est assez prenante.

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22 mai 2018

Mazo de la Roche - Les Whiteoak de Jalna

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Jalna est un cercle magique où l'étranger n'entre qu'à ses risques et périls. Dès le premier regard, Renny et Alayne, l'épouse américaine de son frère Eden, ont compris qu'ils allaient passionnément s'aimer, en dépît de leurs scrupules. Si Eden en souffre, il sait aussi qu'il n'a aimé en Alayne que l'admiratrice de ses poèmes.

Adeline, pieusement veillée par Finch, le musicien de la famille, arrive au terme de son long règne sur Jalna. Mieux vaut pour elle ignorer les ravages que le désir et la passion ont exercé sur ses petits-enfants. Elle s'éteint calmement, laissant, comme dernier défi, le plus surprenant des testaments.


 

Voilà un titre bien mal trouvé pour ce livre, un titre tiré d'un paragraphe de cet opus, mais qui pourrait convenir à n'importe lequel des 16 tomes.

" Quelle animation, quelle exubérance, quelle vie !... Peut-être étaient-ils dans le vrai ! Peut-être possédaient-ils un secret perdu pour les autres ! Ils ne se ménageaient guère, ils vivaient largement. Commme des arbres frémissants, ils enfonçaient leurs racines, étiraient leurs membres, luttaient entre eux, se battaient contre les éléments. Ils ne trouvaient rien d'étrange ni d'extraordinaire entre eux : ils étaient les Whiteoaks de Jalna, et l'on n'en pouvait rien dire de plus."

Ce que le titre n'indique pas, c'est qu'il s'agit d'un tome presque entièrement consacré à Finch, c'est Finch qui apprend la vie, et c'est l'acceptation de ce membre un peu original par le reste de la famille en tant que membre à part entière. Au début il est malheureux, maltraité, rejeté à la moindre occasion par sa famille, et à la fin on le trouve plus serein, lorsque Piers l'invite tout naturellement à se joindre à une partie de chasse-camping entre hommes avec Renny, Maurice et deux inconnus. Alors j'avais bien peu de souvenirs de la première moitié de cet opus, car Finch m'ennuyait un peu à l'époque. J'ai donc bien aimé redécouvrir des scènes un peu inédites de cette ère Jalna qui est ma préférée. L'ère des frères Whiteoak, lorsque Renny, Eden, Piers, Finch et Wake sont les héros de l'histoire, avant que l'on en perde en route et que la génération  suivante ne prenne le relais. J'adore aussi la génération suivante, mais c'est différent. Ado, lors de mes longues insomnies, lorsque c'était dans le monde parallèle de Jalna que je me projettais, c'était toujours à ce moment-là, j'étais une soeur, entre Eden et Piers, ou entre Piers et Finch selon les moments.

Alors ce roman est un peu inégal, le début est très lent. Finch se fait un nouvel ami riche et plus âgé Arthur Leigh et nous suivons les aventures de Finch et Arthur au thêatre. Puis Finch retrouve son vieil ami Georges Fennel, et nous avons les aventures de Finch et Georges jouent dans un orchestre, Finch et Georges ivres dans les rues. Puis Finch à New York. Je ne comprends pas pourquoi c'est le volume suivant qui s'appelle tout simplement "Finch Whiteoak" ! La deuxième partie du roman est plus globale, puisqu'elle ramène déjà tout le monde à la maison, Eden le traître et Alayne la femme bafouée. J'ai trouvé agréable à lire cette histoire entre Eden, Alayne et Renny, tout le monde sait qu'Alayne et Eden ne sont plus mariés que légalement et qu'il n'y a plus d'amour entre eux, et la passion non consommée de Renny et Alayne est un secret de leur donne sa bénédiction. Eden est bien plus aimable que dans le tome précédent, j'ai retrouvé le personnage qui ma plaît tant. En lisant ces passages, je me suis demandée comment Alayne pourrait avoir plus tard autant de ressentiment contre Eden, alors que je vois là les prémices d'une nouvelle amitié entre eux. C'est dommage la façon dont l'auteur choisira de traiter les relations d'Eden et Alayne par la suite. Traîne dans le coin la jeune et jolie Minny Ware, bonne d'enfant chez Meg. Ouiiii, Meg a enfin quitté Jalna pour vivre avec Maurice et ils ont eu une petite Patience, voilà enfin la grande maison débarrassée de cette langue de vipère que toute la famille considère comme angélique. Minny donc, est plus rafraichissante, Meg souhaite la coller entre les pattes de Renny, mais c'est évidemment tout autre chose qui va se passer. En relisant ce livre, j'ai compris en quoi Roma était un parfait mélange du caractère de son père et de sa mère... Mazo de la Roche oubliait souvent de faire des petites fiches sur ses personnages, mais elle maniait la psychologie et l'hérédité des caractères de façon assez unique. Si vous ne savez pas qui est Roma, vous le saurez dans 3 tomes, ou en consultant l'arbre généalogique. La grosse intrigue du roman arrive assez tardivement, il s'agit évidemment de la mort de Gran et de son héritage. Je crois qu'il s'agit des meilleures scènes du livre, la dispute à propos du testament d'Adeline contient tout ce qui fait des Whiteoak une famille inoubliable. Ils se déchaînent, font une scène mémorable, les caractères sont exacerbés avec leurs plus gros défauts, et pourtant ce que j'en retiens c'est au milieu de tout cet égoïsme, l'attachement inébranlable de Renny et de ses jeunes frères. Ce sont deux petits moments au milieu de la tempête, très sobres. Il y a Piers, la sanguin qui s'emporte après Meg car Meg est encore en train de critiquer Pheasant (pourtant maintenant la demi-soeur de sa fille...), et qui s'arrête en plein élan juste parce que Renny le lui demande "Si tu m'aimes un peu, tais-toi" et Piers se mord la lèvre en regardant ses pieds mais s'arrête immédiatement. Et puis quelques pages plus loin, Finch qui fait une crise de nerfs, poussé par tout le reste de la famille, qui ne retrouve ses esprits que lorsque Renny le tire hors du groupe familial et le jeune Finch transforme ses hurlements en sanglots dans les bras de Renny. Tout est dans ces deux chapitres, l'égoïsme des Whiteoak, leur dureté les uns envers les autres, mais aussi ces moments en très peu de mots  où ils savent être un soutien pour l'un d'entre eux. J'ai rit et j'ai sourit beaucoup sur ces pages. Et pourtant Finch en bave, on déteste tous les autres de l'injustice de leurs propos. Ils le poussent à l'irréparable, mais là encore l'un des frères est là pour empêcher cela, c'est Eden. Une relation un peu inattendue se forme entre les deux artistes de la famille, ces frères que sept ans séparent, ils se comprennent, Eden commence à entrevoir l'adulte que Finch devient et il se dit qu'il pourrait être un bon compagnon. Mais encore une fois, Eden disparaît. Eden ne fera guère plus que ça, disparaître et réapparaître à des moments inattendus, il ne veut pas être un Whiteoak de Jalna, il veut être un Whiteoak qui court le monde, mais il finira toujours par y revenir. Renny est finalement peu creusé dans ces derniers tomes, mais on assiste tout de même à ce qui se passe dans sa tête de chef de famille qui ne peut supporter la proximité de la mort, et se trouve toujours face à un amour impossible. Alors attention spoiler sur la toute fin du livre, je n'arrive pas à dire ce que je pense exactement de la façon dont Renny et Alayne finissent par se retrouver.  Déjà, est-ce qu'ils ont finalement fait l'amour juste après la demande en mariage acceptée ? Et alors, faut-il trouver ça symbolique que le maître de Jalna mette fin à 2 ans de passion cachée et inassouvie dans le légendaire lit en bois peint qu'il a hérité de Gran ? Ou alors, est-ce plutôt tout à fait gênant de faire ça dans le lit de sa grand-mère décédée depuis un mois, alors que rappelons-le toute la famille est réunie dans le hall, soit derrière la porte ? Je ne sais pas, mais je penche pour la deuxième solution quand même. Sinon, ce n'est guère important mais Piers et Pheasant ont eu un enfant, le petit Mooey (diminutif pour Maurice II), qui est donc à la fois le cousin et l'oncle de la petite Patience.

Ensuite, les petits points concernant l'ensemble de la saga. On apprend que le village à côté Jalna (où Wakefield va acheter des gâteaux et des sodas à Mrs Brawn) a été construit sur d'anciennes terres de Jalna et qu'il se nomme Evendale, nom répété à plusieurs reprises et qu'on n'entendra plus jamais il me semble. On évoque les causes de la mort de Mary Wakefield, rappelons que dans cette saga on ne sait jamais tellement de quoi sont morts les personnages qui nous quittent entre deux tomes. On a fini par apprendre au détour d'un paragraphe que Philippe I était mort suite à un coup de sabot d'un cheval, pour Philippe II je crois qu'on ne le saura jamais, quant à Margaret, la mère de Meg et Renny, c'est à peine si on n'oublie pas qu'elle a existé. Ah si on apprend dans ce volume que Meg s'appelle Margaret d'ailleurs. Donc Mary qui est décédée après la naissance de Wake, j'avais toujours imaginée qu'elle était décédée d'une complication de son accouchement, or il semblerait que non. Ernest et Renny semblent penser qu'elle est décédée de consomption ou de langueur. Alors, moi je suis sage-femme des années 2000 et ces deux termes ne me parlent pas, j'ai donc été chercher un peu. Donc il semblerait que Mary soit morte de tuberculose trois semaines après son accouchement, ça m'étonne du coup un peu que le bébé Wakefield ait survécu exposé à la tuberculose in-utero et en néonatal, ça expliquerait certes sa nature fragile, enfin plus vraisemblablement il devrait ne pas avoir survécu. Je met de côté la théorie de la mort par langueur, qui veut dire que Mary est morte de chagrin après la mort de son mari. On ne meurt pas de chagrin à 45 ans quand on a 4 enfants à élever ! Ah oui, sinon, un moment Renny dit tranquillement que Wake vient de faire une crise cardiaque mais qu'il l'a frictionné et qu'il va mieux, j'adore la médecine de ces années là, le moindre problème de santé a l'air d'être réglé par les Whiteoak avec faisant boire de l'alcool au malade ou en le frictionnant avec (ils font ça avec Eden et Finch aussi). On apprend tout de même qu'ils ont un bon vieux médecin de famille Dr Drummond, qui a mis au monde tous les enfants depuis Meg, dont on n'a jamais entendu parler. Du coup je me demande ce qu'est devenu le Dr Ramsey et quand il est mort, manifestement ce n'est pas lui qui a accouché ses petits-enfants (mais on sait qu'il était encore bien vivant à ce moment, en même temps accoucher sa fille ça peut être bizarre). Bref, il y aurait eu deux médecins de campagne en même temps pendant une bonne dizaine d'années, ils ne devaient pas avoir tant de travail si au lieu de les appeler on soignait tout à l'alcool. Autre petit point médical, on apprend que Finch est né coiffé. Alors quand j'ai lu ça à 10 ans, je n'ai rien compris et internet n'existait pas. Il était né, genre avec la raie au milieu? Avec la coiffe de bécassine sur la tête ? Rien de tout ça ne semblait probable alors c'est resté un mystère. Je m'en suis rappelée plus tard et j'ai appris que c'était naître dans sa poche des eaux intacte, et effectivement c'est rare. Il m'est déjà arrivé depuis d'avoir fait naître un enfant coiffé, de penser à Finch en le faisant, et de dire à la mère que ça portait chance juste parce qu'un Whiteoak l'avait dit ;-) Et concernant le voisinnage, il me semble qu'on nous dit que le vieux Guy Lacey qui avait 82 ans dans le tome précédent, donc l'année dernière, est mort depuis à l'âge de 90 ans, ne cherchons pas...

 

Posté par LucileLand à 11:00 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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